dimanche 13 décembre 2009

De quoi la suppression de l'Histoire en terminale S est elle le nom ?

Encore un débat à propos duquel tout a été dit ! et son contraire aussi. L'enseignement de l'Histoire en Terminale S.

Je sais, oui je sais bien cher lecteur, que tu as été submergé par les pétitions télécommandées, par les polémiques stéréotypées, par les faux quiproquos ou les raccourcis falsificateurs, inondé par l'information, submergé par la désinformation. Je sais que désormais tu es déchiré entre ta conscience humaniste et ton cynisme pragmatique. Je te sais hérissé par les bonnes consciences, figures morales et autres intellectuels du dimanche, qui horrifiés, s'épanchent longuement dans les colonnes de tes lectures préférées. Je te vois abasourdi devant l'inculture notoire de ce ministre de l'éducation ancien représentant de commerce, qui, par ses affirmations péremptoires, ses illusions comiques, ses justifications vaseuses ne font qu'aggraver l'image ternie de l'éducation nationale. Je te sais épuisé cher lecteur, épuisé mais aussi en colère car pourquoi après tout, conférer tant d'espace et de salive à un sujet si mineur ?

Je crains que malgré tout, le sujet mérite attention et que l'essentiel soit, une fois de plus, passé délibérément à la trappe. Ou, ce qui est pire, que chacun s'autocensure, de peur d'ouvrir la boîte de Pandore. Car que signifie vraiment cette suppression ?

Sur ce sujet, le "débat public" est en complet décalage avec la réalité de terrain. Commençons par éclaircir cela :

La querelle des Anciens...

La filière scientifique : De quoi s'agit-il aujourd'hui'? Les "anciens", disons ceux qui ont plus de 50 ans de nos jours (et qui dans la majeure partie des cas ne sont pas titulaires d'un bac), ceux là mêmes qui "animent" et initient le "débat" arguent souvent du fait que les scientifiques doivent effectivement privilégier l'enseignement scientifique : les maths, la physique, les sciences de la vie et de la terre (ex biologie) etc. Puisqu'ils sont destinés à devenir "ingénieurs ou informaticiens" qu'ont ils à faire de l'enseignement historique et géographique en terminale ? Bien sûr j'extrapole un peu : nombreux sont aussi ceux dans cette classe d'âge qui estiment que les "humanités" sont le nécessaire pendant d'une culture scientifique, mais ils demeurent néanmoins plus enclins à penser "qu'en ces temps difficiles de chômage" il convient de se spécialiser davantage et plus tôt. Ils pensent de bonne foi qu'il est nécessaire de "renforcer les sciences en S" comme il faut "renforcer les lettres en littéraire". Or, poursuivent-ils, vue la situation politique et économique actuelle, ce "nécessaire rééquilibrage" ne peut, malheureusement, que s'effectuer aux dépens des autres disciplines.

Ce raisonnement se tient, mais il méconnaît l'essentiel, à savoir ce qu'est devenue cette voie scientifique depuis une quinzaine d'années au moins.

... et du Terrain

Que représente quantitativement la filière S ? 50 % des lycéens en voie générale optent pour la série scientifique. Sachant que la proportion de bacheliers en voie générale (en ôtant les bacs technologiques, professionnels et autres CAP ou BEP) représente également environ 50 % d'une classe d'âge. On peut donc dire qu'environ un ado de 15-18 ans sur quatre suit, et obtient un baccalauréat scientifique. Numériquement, il s'agit donc de la catégorie la plus importante.

Après l'obtention de leur diplôme, vers quelles études se dirigent les néotitulaires du bac S ? Ils sont minoritaires à poursuivre des études supérieures scientifiques. Ils peuplent les écoles de commerce, les facultés de droit et d'économie, de lettres, les écoles prépas, privées et publiques. Les facultés scientifiques (hors médecine) ont du mal à maintenir leurs effectifs. Les"scientifiques" tirent ainsi profit d'un enseignement complet jusqu'en terminale qui leur ouvre toutes les portes y compris scientifiques, qui restent closes aux titulaires des autres bacs.

La situation de cette filière est donc des plus paradoxales : considérée comme élitiste, elle fournit dans le même temps le plus gros contingent de bacheliers, et, cerise sur le gâteau, ne donne que peu goût aux dites discplines scientifiques.

La voie scientifique est donc généraliste, c'est ce qui explique son succès.

Ainsi supprimer l'enseignement de l'histoire géographie en terminale scientifique ne permet pas de mieux former les futurs scientifiques, mais il ôte à des bâcheliers d'élite car généralistes, la possibilité de suivre un enseignement complet.

Ce qui fait le prestige du bac S, ne réside pas tant dans le fait que l'enseignement en science est très poussé, mais plutôt dans la nécessité d'"être bon partout".

I HAVE A NIGHTMARE

Chercher à supprimer l'enseignement historique et géographique en terminale S, relève d'un courant de pensée, devenu très puissant depuis l'ère sarkozienne, que je nommerais l'"antiélitisme" ou l'"anti intellectualisme". Somme toute il s'agit d'une forme de populisme, dans laquelle le dominant singe les plus dominés : Registre de langage, goût du luxe clinquant, mépris affiché de la Princesse de Clèves comme de toute forme d'académisme, rejet viscéral de ce qui prend du temps, éloge de l'immédiateté, bref un monde en deux dimensions, le présent immédiat et le futur toujours lointain. Ceux de tout en bas comme ceux de tout en haut ont cela en commun., la détestation de ceux qui prétendent savoir et "pensent pour eux". L'ennemi c'est donc le savoir général , la connaissance encyclopédique, le raisonnement universel ou le touche à tout. L'allié c'est le spécialiste, le pointu, l'exégète... bref, celui qui a de vastes compétences sur un domaine le plus réduit possible. Car, pour les dominants, quoi de plus redoutable pour se mettre dans la poche la masse des ignares, que de faire leurs cette attitude ? Il s'agit de conforter le beauf et d'exploiter au mieux son inculture en lui offrant chaque jour son triste reflet dans les médias. "J'suis comme vous moi ! et j'vais vous dire si y en a qui croit que c'est facile ce que je fais eh bien qui(ls) viennent à ma place !"

Mais le danger véritable pour ceux qui nous gouvernent, provient de ceux qui ont en commun le goût des bons mots, le plaisir de la nuance, l'amour de la phrase bien tournée. Ceux qui aiment le complexe, l'indicible, ceux pour qui il existe un monde des idées. Ceux là, ils faut les faire taire.

Pour leurs enfants ils offrent la reproduction sociale garantie. Voyez, même plus besoin de fournir un effort, nul nécessité d'élargir votre champ de connaissances, perfectionnez simplement vos compétences, vos savoirs faire, votre technicité et tout ira bien. Pas de concurrence à craindre, juste se donner la peine de naître !


Les valeurs de demain ? Celle des techniciens ?

A SUIVRE

jeudi 10 décembre 2009

Billet pas d'humeur

Notre palimpseste a du boulot en ce moment : tant de commentaires à commenter, tant de droit de réponse auxquels il conviendrait de répondre, tant de débats dont il faudrait (vraiment) débattre. Notre réecriture du réel rendu virtuel par le bruit médiatique, disais-je a du pain sur la planche.

Un instant seulement arrêtons nous une instant. Chaque jour davantage, les commentaires nous parviennent avant les faits. Les débats s'enchaînent à un rythme effréné, les buzz sont quotidiens; rien, plus rien ne freine la bulle médiatique qui ne survit qu'en créant instantanément la bulle suivante, toujours plus commentée mais toutefois infiniment moins que la prochaine. Allons, allons, mais surtout jamais ne revenons, surtout pas de pause, quant au retour sur soi... Des minarets à Copenhague, des grèves de routiers sur la ligne RER A sans doute contre les suicides dans leur entreprise, ou peut être contre la fiscalisation de leurs bonus ? Vite très vite, enfilons une nouvelle perle, la PAC au Panthéon bien qu'étrangère à Camus. 10 millions d'étrangers payés à rien foutre et un président drh de l'opposition. Notre identité est devenue l'Islam de France, comme le fut le gallicisme.

Tout va vite, très vite. Surtout ne pas s'arrêter, oui continuons. Actionnons ! le climat, Rétablissons ! l'Afghanistan, Définissons ! l'identité, Réformons ! le lycée, Investissons ! en bourse, mais vite, plus vite! Allez ! autre chose encore! Les régionales oui les régionales, c'est bien çà les régionales. Alors commentons ! les sondages, Scrutons ! les têtes de listes, Tenons ! les discours, Moquons ! les promesses. On a fini ? Oui bon alors que vais-je faire maintenant? Communication instantanée, mobilisations numérisées, informations en temps réel.Faîtes vous vacciner, centres hospitaliers, médecins mobilisés, une seule injection ! Urgence partout, urgence toujours. Pour oublier au plus tôt. Avançons, pressons le pas. Oublions l'immédiat, ayons un temps d'avance, facebook t'es has been, twitte donc l'ami. Télecharger ? Dépassé. Faîtes de l'audimat, fête de la musique, faîtes du bénévolat, donnez au téléthon mais aussi au sidaction, consommez cher, c'est bio, c'est mieux.

Economisez ! l'énergie Consommez ! 5 fruits et légumes ARRETEZ !! de fumer Affichez ! votre homosexualité, Cachez ! les minarets.

Cachez surtout, dissimulez les pauvres, effacez les prisonniers, minimisez les chômeurs, planquez les détracteurs.
Exhibez les pédophiles, exposez les burqas, illuminez vos avenues, embellissez vos vitrines.

mardi 1 décembre 2009

Education nationale : Proclamer l'état d'urgence

Cette fois, la coupe est pleine. Il devient manifeste que nos enfants entrent dans la vie active bien moins armés que par le passé. Le débat n'est plus de savoir si le niveau baisse mais de déterminer l'ampleur de la catastrophe en cours.

Les chiffres récents nous révèlent en effet que plus de 21% des élèves de 16 ans ont des difficultés importantes en lecture. Ces statistiques sont a minima, effectuées par des organismes européens, elles recensent surtout une population encore scolarisée. 1 jeune sur 4 donc doit fournir de lourds efforts pour déchiffrer un texte. Une fois lu, il est fort probable qu'il ne puisse rien en retirer. D'ici une quinzaine d'années, ces chiffres seront ceux de la population adulte. Notre avenir ne s'écrit plus. Chaque enseignant le constate de son côté, mais il est fort probable que plus d'un jeune sur trois est incapable de comprendre a minima un texte, dans certaines classes de collège, il s'agit même d'une majorité ! Dans les voies professionnelles, CAP, BEP, Bac Professionels, maîtrise de la lecture et de l'écriture constitue une denrée rare.

En 10 ans, ce taux d'illettrisme (appelons les choses par leur nom) a progressé de 42% !!

Durant ce même laps de temps, les heures consacrées à l'apprentissage de la langue française ont été réduite de l'école primaire jusqu'à' la fin du secondaire. Des centaines d'heures d'apprentissage d'une langue exigeante ont ainsi disparu en fumée.

Dans le même temps toujours, instituteurs et professeurs ont été incité à diminuer drastiquement le taux de redoublement. Autrement dit, un élève notoirement en échec n'a pratiquement plus aucune chance de combler ses lacunes : le collège et le lycée ne sont pas les lieux de l'apprentissage de la lecture !

Depuis quelques années, le phénomène touche, non plus marginalement comme auparavant mais de façon foudroyante l'enseignement supérieur. Les IUT, les Universités et j'en passe, instaurent des épreuves de dictée. Comment accepter qu'un mémoire ou une thèse soient illisibles.

Car bien évidemment qui ne sait pas lire éprouve quelques difficultés à écrire. Le problème ne concerne pas seulement l'orthographe, la grammaire ou la méthode d'apprentissage de la lecture (faux débats au cours desquels chacun continue de jouer sa partition bien rôdée : Réformons l'orthographe ! Simplifions ! De toute façon ça n'est pas si important ! Si au contraire c'est fondamental ! La faute à la méthode globale ! Tu parles et les profs qui ne savent même plus écrire ! ...)

L'ampleur du mal qui nous dévore insidieusement mérite une réflexion plus approfondie. Surtout, il mérite que l'on s'y attelle sérieusement et que l'on agisse de suite, à la racine.

Merde à ceux qui veulent faire de l'anglais en primaire, merde à ceux qui veulent voir leur minot pianoter sur un clavier devant un écran, merde à l'éveil, je me fous de Vercingétorix, je me fous des planètes du système solaire, j'emmerde la ferme bio du coin, je ne veux pas du commerce équitable à l'école, je ne veux pas qu'ils trient nos ordures .... j'exige en revanche qu'ils sachent TOUS, lire, écrire et compter. Basta ! Et s'ils n'y arrivent pas me direz vous ? Et bien on les garde, on (re)crée des structures adaptées, des classes relais etc,. Hors de question qu'on les largue dans une structure qui a une autre vocation, un autre but et qui s'appuie nécessairement sur des acquis prérequis !

Et que l'on ne vienne plus nous bassiner à longueur de journées avec les rythmes scolaires inadaptés, ou l'ouverture sur le monde, ou que sais-je encore ?

Nos enfants seront des esclaves, dociles et appliqués, notre pays sera ruiné,enfin débarassé de ses cervaux, nous n'arriverons plus à nous comprendre coupés que nous serons entre langue des élites et langue vulgaire.

Cassandre ? Oiseau de mauvais augure ? Rien à cirer, c'est pourtant ce qui nous pend au nez et pour l'heure tout le monde s'en fout, ou feint de ne pas le voir.

Les Français ayant perdu leur alphabet, se trouvèrent fort dépourvus quand le chinois fut venu.

YANN OF THE FOUNTAIN

lundi 23 novembre 2009

Chronique de la désintégration nationale

Jeunes gens klaxonnant drapeaux verts et blancs ornés de croissants flottant dans le vent. Sécurité renforcé, bataillons déployés, Français friqués apeurés.
Foules acculturées, n'ayant pour identité, qu'un pays fantasmé. Intégration, footaise à la con, dessine m'en un brouillon.

Une main qui n'a rien de sain, pour accéder au saint des saints. Saint Denis, pataugeant dans l'ennui, marasme à Paris. Lendemain matin, ministres à la mine triste. Honteux les heureux ! Scandaleux dans le jeu ! Et si l'on rejouait pour aider les télés ?

Histoires de bac, bac sans histoire, pas de quoi en faire une histoire. Repas sans fromage. Les scientifiques ont besoin de technique, ça rapporte du fric. Identité, nationalité, citoyenneté, vous les méritez ?

Ô vous les imbéciles heureux nés quelque part, ne croyez-vous pas qu'il est bien tard pour exposer ainsi sans fards le vide de notre regard, scrutant dans le noir la possibilité d'un phare ?

mardi 17 novembre 2009

En 2010, ça va saigner

Cachez cette dette que je ne saurais voir

Le rendez-vous est pris, l'année qui vient. L'endettement record, cumulé à une "reprise" encore plus molle que chez nos voisins, met la France au pied du mur : Va falloir rembourser sans compter sur une reprise de la consommation, ni sur une relance par l'investissement privé.

Résumons : la croissance anémique qui nous est promise pour l'année prochaine (0.75% selon les augures du gouvernement car les entrailles de Lagarde sont certaines) sera le résultat des plans de relance du gouvernement (le premier a eu lieu cette année, le second financé par le grand petit emprunt).

Problème donc, cette croissance ne doit rien au marché, ni aux acteurs privés. Elle est donc financée par l'endettement national (déficit budgétaire aux alentours de 9% et endettement proche de 90% du PIB annuel sans oublier les déficits sociaux).

Ce niveau d'endettement est intenable pour une raison simple : La perte de confiance qui en résulterait sur les marchés financiers serait catastrophique. La France ne serait plus un bon payeur et ne pourrait qu'emprunter à des taux plus élevés. Les intérêts de la dette deviendraient durablement le premier poste de dépenses dans le budget de l'Etat. C'est à dire que nous serions dans la même situation financière que les pays du Tiers-Monde il y a 20 ans ! On disait alors, que le niveau d'endettement de ces pays constituait le principal obstacle à leur développement...

Sur un radeau, médusés par la politique fiscale

Dans une telle situation, le bon sens prescrit au moins un maintien des rentrées fiscales. La récession comme une croissance très faible, réduisent déjà naturellement les rentrées fiscales.En effet, moins de profits, moins de travailleurs c'est autant en moins dans les caisses. La France connaît donc une dette conjoncturelle à la mesure de la récession, mais cela est inévitable et temporaire.
Plus grave cependant sont l'accroissement des déductions, la multiplication des niches, la disparition de la taxe professionnelle, la réduction abberrante de la TVA sur la restauration, le maintien du bouclier fiscal, l'exonération des heures supplémentaires. Autant de mesures qui ne sont plus seulement révélatrices de l'injustice sociale mais qui apparaissent désormais comme un contresens stratégique. Ces rentrées fiscales qui disparaissent nourissent une dette structurelle et non pas conjoncturelle.

Résultat : Les déficits de la France explosent et le produit de l'impôt s'effondre.

Pierre est emmitouflé, Paul est à poil.

Depuis le début officiel de la crise, le gouvernement français a fait le pari de la relance par l'investissement et non par la consommation. Les entreprises, du CAC comme les PME, les ménages les plus aisés ont ainsi connu de substantielles baisses de leur imposition.

Pour compenser ces pertes, la stratégie des pouvoirs publics consiste à taxer davantage les ménages. La taxe carbone que ne paieront pas les entreprises du CAC mais qui se traduira effectivement par une augmentation comprise entre 6 et 10% des prix à la pompe pour les particuliers est de ce point de vue très représentative de la politique mise en oeuvre. Exonérer les entreprises, faire payer les ménages.

Les mesures destinées à la relance de la consommation sont les premières victimes du budget 2010 : la prime à la casse ? supprimée Le bonus écologique ? Réduit Les exonérations portant sur les dépenses en équipement écologique (fenêtres à double vitrage, panneaux solaires...) ? Drastiquement réduits... Pas de doute possible, en 2010 il vaudra mieux épargner !

Résultat : Des entreprises qu'il faut préserver, des salariés qui chercheront à limiter leurs dettes, faute de mieux.

Quand Damoclès prend conscience de sa triste condition

L'endettement conjugué à une reprise qui s'annonce bien terne rendent la situation bien délicate : plus moyen de se voiler la face, cette fois ci la faillite, la vraie, menace.

Quelles solutions à cette situation ? La France ne dispose plus de levier monétaire. Dévaluer l'euro et renouer avec l'inflation ne sont pas de son ressort. Tout au plus peut-on espérer que l'état calamiteux des finances de nombreux Etats de l'Eurogroupe incite la BCE à revoir, marginalement sa politique jusqu'ici fidèle à la ligne "pas d'inflation !".

Pas de parachute du côté de la monnaie donc, d'autant plus que l'euro a dangereusement tendance à s'apprécier ces derniers temps. Ne reste donc que deux possibilités. La première consisterait à se déclarer en cessation de paiement. Option extrême et peu envisageable à l'échelle de la 8° puissance économique mondiale. Si cette voie est empruntée, il y a fort à parier que cet état de fait ne sera en aucun cas officialisé.

Ne reste que l'augmentation de la pression fiscale assortie d'une politique de rigueur ou d'austérité. Comme l'OCDE le réclame, les Etats trop endettés devront se serrer la ceinture en réduisant leurs dépenses en matière d'éducation, de santé ... Parallèlement, il faudra aussi assurer davantage de rentrées fiscales et donc augmenter fortement les impôts.

Reste à savoir sur qui !

L'important, c'est pas la chute, c'est l'atterrissage.

La crise des financiers, banquiers et autres traders est peut-être derrière nous, mais finalement il ne s'agissait là que de notre pain blanc. On a pu, pour l'instant à peu de frais, se gausser, se réjouir ou pourquoi pas plaindre des perdants qui ont vu s'envoler les milliards virtuels avec lesquels ils jonglaient. Mais ce n'est qu'une fois la fumée dissipée que l'on peut commencer à chiffrer les dégâts bien réels que ces milliards de dollars virtuels et volatilisés ont causé. Le vulgus pecum,sur son canapé en brave Rantanplan, risque fort de s'apercevoir un peu tard qu'il est bien la première victime de la crise : dès 2010, il aura l'insigne chance de découvrir que ces revenus stagnent, que son épargne rapporte 1% l'an, que les mesures en faveur de la consommation ont disparu, que son forfait hospitalier a augmenté, que sa bagnole lui côute plus cher, que ses clopes sont désormais un luxe. Ses employeurs lui expliqueront que pour son salaires des millions de chômeurs sont prêts à se battre, que d'ailleurs, à ce propos, il va devoir limiter le nombre d'heures supplémentaires ou bien que sa pause déjeuner est raccourcie.

La servitude volontaire et ses limites

Reste à mesurer le degré d'inertie de la population. Confrontée à une terrible crise économique dont les effets sociaux n'en sont qu'à leurs prémices, l'attitude des consommateurs que nous sommes devenus risque fort de se modifier : ne plus être en mesure de consommer ou être contraint de le faire moins risque fort de se traduire par un désenchantement généralisé. Accroître son endettement ? En cas d'incertitude sur l'emploi, de pression sur les salaires, la tentation est des plus réduites. Rappelons que c'est l'endettement excessif des ménages américains qui a été le symptôme le plus saillant de la crise que nous traversons.

Ainsi donc, le consommateur déchu se verrait contraint de revêtir à nouveau son costume de citoyen et d'agir en tant que tel.

Tout n’est pas perdu non tout n’est pas perdu de v(n)os mythes d’aurore ici le soleil brille pour tous et on y croit.

mercredi 21 octobre 2009

L'Histoire aujourd'hui II: la sacralisation du patrimoine


L'époque contemporaine dans notre Europe vieillissante cherche à nous rendre "palpable" l'Histoire. "Goûter" au plaisir de notre Histoire comme un œnologue le ferait pour le vin, relève du savoir-vivre. Non, qu'il faille faire de l'Histoire dans sa tour d'ivoire, mais tout de même que nous donne-t-on à "voir"? Le patrimoine et ses Journées, sont nos églises, nos temples actuels. Sacrés, inviolables, entretenus, choyés. Au moindre de nos pas, une plaque commémorative, une façade "digne d'intérêt", un trésor mésestimé. Chaque année, des millions de "curieux" effectuent leur pèlerinage vers les lieux saints, toujours plus nombreux, soigneusement dépoussiérés pour l'occasion.

C'est que, cher lecteur, l'Histoire, pour notre petit peuple, doit être accessible. Faut pouvoir la "sentir", la "voir", l'"entendre". Chercher à la comprendre n'a que peu d'intérêt, il se pourrait même que cela soit dangereux. Le patrimoine est le média sensitif le mieux adapté à une époque de l'immédiateté. Il est là, toujours présent, immuable parfois, ses portes sont ouvertes.

Sa restauration et son entretien voire sa colorisation n'en sont que la partie émergée. Déjà, le patrimoine tel que nous le connaissons, relève plus de l'art que de l'histoire. Ce qui fait le succès, n'est ce pas sa beauté, sa splendeur, son caractère, ou pire son authenticité synonyme ici d'accessit à la Vérité. Ce qui demeure d'une époque c'est d'abord ce qui est solide : On trouve plus de palais que de maisons en torchis de nos jours. Les bidonvilles européens ont disparu, et curieusement personne ne s'est battu pour en laisser quelques traces afin d'élargir le patrimoine. Que conserve-t-on sinon ? ce qui est utile évidemment. Ainsi des aqueducs romains à la différence de leurs temples païens. Ce qui était un ouvrage technique devenu inutile quelques siècles plus tard se transforme alors en art, témoignage du génie d'une civilisation. Sinon, que garde-ton ? Ce qui a de la valeur, ou plutôt, beaucoup de valeur. Pour cet aspect, on a toujours fait confiance aux héritiers, et ça fonctionne : Il est tout aussi, voire plus difficile de mettre la main sur une bêche du XVI° siècle que sur une amulette en or d'une quelconque princesse égyptienne. Enfin, une société cherche à protéger ce qu'elle perçoit comme étant beau. Le beau, jusqu'à peu, c'était l'art. Jusqu'au XVI° siècle, la prodution était jugée bien plus importante que l'artiste, souvent plus méprisé et courtisan qu'intellectuel reconnu.

Autrement dit, que nous reste-t-il matériellement ? Ce que nos prédecesseurs ont jugé important, ce qui était extraordinaire, ce qui finalement n'était pas leur propre histoire. On pourrait même aller plus loin : les images d'archives avant que l'outil caméra ne devienne un bien de consommation courante, sont plus que trompeuses. Bien peu de Russes en 1917 avaient ne serait-ce qu'une idée du visage de Lénine, ce qui n'a pas empéché le communisme. Les frères Lumières et les premiers cinéastes sont aller filmer l'entrée en gare de trains non parce que cet événement était quotidien mais parce qu'il était encore, pour beaucoup, un phénomène inconnu. On célébrait bien à cette occasion le génie d'une civilisation et d'une époque. Les premières photos ont montré les barricades de 1848 à Paris et de fait le XIX° siècle est aujourd'hui celui des révolutions. Pas sûr que Charles X ou Napoléon III l'ait compris comme tel.

Que l'on ait, au travers du patrimoine, une vision tronquée de l'Histoire, relève de l'évidence. Que celle-ci soit falsifiée par l'omniprésence du premier est problématique. Le patrimoine, à la différence de l'histoire est présenté de façon horizontale. Les siècles s'entrechoquent, la chronologie s'efface, les témoignages s'insèrent dans un passé informe, où la profondeur du temps n'a pas sa place. En traversant une rue, ou en descendant un étage, nous parcourons des siècles.

Les restaurateurs, les muséologues, les archéologues sont d'ailleurs confrontés à un dillemme quotidien : quelle image présenter au public ? Le Versailles que l'on nous montre doit il être expurgé de ses apports Louis XVI, faut il effacer les voutes brisées gothiques de telle cathédrale pour revenir à ses berçaux romans ? Mieux, faut-il recréer les sculptures de tel cloître, ou repeindre en couleurs criardes les façades antiques des palais ? Relever toutes les pierres du forum romain ? Faut-il franchir le pas de la reconstitution ? Pour quelle raison ? Un siècle vaut-il mieux qu'un autre ?

En tout cas, il faut pré-ser-ver. Ah çà oui, à tous prix. Autrement dit, il faut statufier, muséîfier, momifier, conserver ou rajeunir, effecer les atteintes du temps, gommer les imperfections, bref effacer l'Histoire. Ce qu'il nous est donner à voir et présenté comme un joyeau inestimable, n'appartient à rien ni à personne. Le patrimoine n'est pas le produit d'un peuple, d'une civilisation, il ne connaît ni propriétaire, ni héritier. Il est libre de droit, comme le sont les oeuvres musicales de plus de 50 ans. Il n'a d'intérêt historique véritable que si les ajouts, les manques, les transformations, les blessures du temps y sont visibles. Le patrimoine est une contre-histoire visant à nourrir notre imaginaire en vue de s'approprier un passé décontextualisé.

Le patrimoine est avant tout une politique, une reconstitution fidèle. Si l'Histoire est un essai, le patrimone est un roman. Une narration aventureuse peuplée de personnages quasi légendaires (Ah le pauvre duc de Guise dans le château de Blois, et ces mannequins de cire qui habitent encore les prisons de la conciergerie, faudrait songer à les reloger, à côté de Dati à Grévin)
Cette culture là est gratuite (parfois), accessible à tous. Avoir recours aux visites guidées, aux formulaires copieux ou encore aux guides touristiques constituent le must du "curieux" qui se fait alors "historien amateur" ou "érudit"...voire ! Il faut vivre avec son temps mais l'histoire chevillée au corps. Le patrimoine, c'est nous.

mardi 13 octobre 2009

Le pontificat de Nicolas Borgia


Le pape Alexande Borgia vous connaissez ? Ce souverain pontife du XV° siècle (connu sous le nom de "règne" Alexandre VI) fut célèbre pour son népotisme. Neveux, Frères, Oncles, Cousins et amis de ce brave homme furent tous placés aux plus hauts postes, laïcs ou ecclésiastiques, dans l'Europe entière et particulièrement en Espagne, sa contrée d'origine. Son pontificat se confondit avec l'idée de "décadence" de l'Eglise : réceptions orgiaques, dépenses faramineuses, piètre connaissance des Ecrits... que dénonceront bientôt les fameux protestants.
Il fallut attendre le XXI° siècle pour qu'arrive enfin un Nicolas Borgia et en France ! Cela, à vrai dire, manquait. Les Français s'étaient trop habitués à être gouvernés par des hommes et des femmes, qui, s'ils n'étaient pas aussi verutueux que l'Incorruptible, avaient eu, dans leur éducation et/ou leur parcours professionnel, l'occasion de comprendre ce que put être l'intérêt général. Souvenez vous, des ministres démissionnaires ! Songez y, des référendums !Pensez y, des lois qui n'étaient pas appliquées en raison de contestations massives ! Rappelez vous, des radios libres !
Toutes ces pratiques nauséabondes ont disparu. Rien de tel, c'est inenvisageable, impossible, ridicule.
Notre pape à nous place ses amis racistes à l'intérieur, son pote adepte de tourisme sexuel, à la culture, son fiston à l'aménagement de la Défense, permet à ses amis de la télephonie mobile de se partager seuls le marché, pour d'autres, il autorise le pari en ligne, pour les deniers, il cherche à refourguer ses rafales. Enfin, pour ceux de son parti, il redécoupe les territoires. Son aïeul plaçait ses neveux évêques puis cardinaux, d'autres membres de sa famille se voyaient offrir des prébendes prestigieuses à la tête d'abbayes propriétaires de terres immenses. Les pratiques sexuelles, que d'aucuns auraient pu considérer comme déviantes, étaient tolérées, si ce n'est encouragées. Bien sûr, tout homme qui se dressait contre lui était immédiatement jugé "coupable" avant même que son procès n'ait lieu. Le vieux Borgia n'hésitait pas, non plus, à agiter le hochet de la croisade et pensait sans doute qu'avec un seul infidèle, pas de problème, mais quand il y en a beaucoup...
Il y a quelques lettres persanes qui se perdent...
Mais l'élève dépasse le maître car ce denier ne se parait (au sens de se parer) nullement d'un voile hypocrite de vertu. Le successeur affirme agir pour moraliser son joujou à lui : le capitalisme. Son ancêtre aurait trouvé indécent d'affirmer qu'il songeait à moraliser l'Eglise. D'une part en raison de l' hilarité générale que cela aurait provoqué, mais surtout parce que son joujou, l'Eglise revendiquait une morale.

Lui est là pour "régler les problèmes", puisqu'il est bien connu qu'il n'en crée pas. Toutefois, Alexandre se permit ces excès dans une période d'expansion économique, démographique, de grandes découvertes, de redécouvertes des savoirs, de révolution artistique. Lui non, il agit en période de crise, de récession, sous fonds d'aggravation des inégalités, d'explosion du chômage, en période de déclin politique européen.
Alors, pas de protestants à attendre, ni à craindre. Ce qui surviendra surprendra mais décidément, il y a quelque chose de pourri dans le royaume des Borgia.