mercredi 30 mars 2011

Retour sur l’enfumage des cantonales

 

L’interprétation des résultats électoraux constitue un enjeu politique de premier ordre. Imposer sa grille de lecture, c’est déjà les gagner à moitié.

Contre vérité 1 : Une très forte abstention

 

Que n’a-t-on pas entendu ? Rendez-vous compte, 55 % des Français ne se sont pas rendus aux urnes lors des deux tours ! Pour ma part, j’estime à l’inverse que l’abstention est relativement faible du fait des conditions dans lesquelles ce scrutin s’est déroulé.

Tsunami dévastateur et crise nucléaire au Japon. Enjeux planétaires.

Révolutions arabes et guerre en Libye. Enjeux planétaires.

Elections cantonales. Enjeux locaux, en général fort confus. La capitale ne vote pas. Pour les médias ce n’est jamais que les provinciaux qui iront voter.

Cantonales sacrifiées médiatiquement. Campagne inexistante.

L’élection présidentielle dans un an. On règlera les comptes plus tard.

Des élus qui ne le seront que pour un mandat de trois ans. La dernière des élections cantonales. Renouvellement que de la moitié des sièges.

Des élections habituellement couplées à d’autres…et qui mobilisent toujours moins que “leurs parraines”, régionales, municipales ou législatives.

Des élections, qui lorsqu’elles sont partielles, mobilisent rarement plus de 25% de l’électorat.

Entre les deux tours, des ténors de droite qui n’ont pas hésité à appeler à l’abstention pour ne pas avoir à choisir entre la gauche et l’extrême droite.

Pardonnez-moi mais malgré ce contexte, près d’un Français sur deux a fait le déplacement. Je trouve cela au final plutôt civique. Pas de quoi se gargariser, mais honnêtement pas de quoi s’affoler.

 

Contre vérité 2 : Une victoire pour le FN

15 % au premier tour (mettons même 17 en tenant compte des cantons où il était présent) deux élus aux deuxième. En quoi est-ce exceptionnel ? C’est le score de papa en 2002, c’est moins en voix que lors des cantonales de 2004.

Se maintenir dans 400 cantons aux deuxième tour. Dans la plupart des cas, c’était auparavant des triangulaires. Le passage du seuil de 10% à 12.5 % des inscrits a simplement empêché des configurations de triangulaires (8 sur toute la France !) et est revenu comme un boomerang dans les dents de l’UMP. Sur 400 duels, 398 défaites !

Seul phénomène politiquement intéressant, son gain en voix entre les deux tours, en particulier dans les cantons où la droite n’était pas présente au deuxième tour. Cela nous apprend qu’une partie de l’UMP se range derrière le FN au deuxième tour. A contrario, les résultats calamiteux de l’UMP au deuxième tour nous renseigne sur le degré d’imperméabilité des électeurs frontistes envers le discours UMPiste. La contamination est unilatérale. Seul le mouvement de la droite vers l’extrême existe, mais il n’est pas majoritaire.

Un électorat frontiste mobilisé. Objectif, offrir un sacre à sa nouvelle championne si médiatique. Un parti qui fait enfin le devant de la scène. Des dizaines d’années que papa se plaignait de l’omerta. Madame se fait presque inviter partout avec tous les égards qui lui sont dus. Non contente d’être star des télés, la dame est devenue l’égérie des sondages. Deux semaines avant le premier tour des cantonales un sondage crapuleux la donne au deuxième tour. Elle est aussi la seule candidate officiellement déclarée, sa campagne débute pied au plancher. On ne parle que d’elle, on ne voit plus qu’elle. Sur les affiches du FN aussi, on ne voyait que sa trombine. Dans un tel contexte atteindre 17 % n’a rien d’exceptionnel. Car il s’agit là de 17% de 45% de 22 millions d’habitants appelés aux urnes. Surtout démonstration est faite que malgré la rénovation de façade idéologique, ce parti n’est nulle part majoritaire sur le territoire et qu’il soit opposé à la droite UMP, aux divers droite, au PS, au Front de gauche.

 

Omission 1: Une très large victoire de la gauche.

La victoire de la gauche. Elle réunit 50% des voix. Il est vrai que cela devient habituel aux élections intermédiaires. Mais alors qu’elle détenait déjà une majorité de département elle parvient encore à en grappiller 5 dont le Jura ou en Savoie, départements fort honorables mais peu connus pour être des terres de gauche !Excusez du peu. Fort étrangement, le sondage qui donnait Le Pen au deuxième tour ne comptabilisait que 40-42 % pour cette dernière. Au final, donc on préfère retenir le mythe du sondage (elle est au deuxième tour) plutôt que la vérité des urnes (la gauche à 50 %).

Omission 2 : Une surreprésentation de l’électorat de droite

Qui a voté ? Les campagnes plus que les villes. L’attachement au canton est plus fort dans les campagnes où l’on distingue mieux cet échelon. Les taux de participation sont plus élevés dans les départements les plus ruraux. Ou a-t-on voté le moins ? Dans les banlieues d’île de France, en Seine Saint-Denis, ou dans les cantons urbains et populaires des grandes agglomérations. Les Parisiens intra muros n’étaient pas convoqués. Or, les campagnes votent plus à droite que les villes. Or,  les campagnes c’est comparativement plus un électorat âgé, donc les derniers bastions du Sarkozysme. Si ces élections avaient été nationales le score de la droite aurait été encore plus minable.

 

Conclusion 1: Analyse erronée profite aux perdants : la gauche au tapis au troisième tour

En s’écharpant sur le prétendu débat sur la laïcité, la droite parvient à maintenir l’attention sur elle. Elle relègue la grande victorieuse (la gauche faut-il le rappeler) au second plan. Ce qui est consternant est que celle-ci s’en satisfait tout occupée qu’elle est entre ces primaires et autres investitures. Au moment où elle dispose d’une fenêtre de tir pour exposer ces idées, ses perspectives politiques, elle préfère admirer la décomposition de l’adversaire pourtant prêt à tout pour occuper l’espace. Le paradoxe est le suivant : bien que le premier round des présidentielles soit emporté haut la main par la gauche, l’attention générale reste fixée sur la droite autour de thématiques de l’insécurité et de l’identité. La campagne débute sur des thématiques de droite avec l’assentiment de la gauche.

Conclusion 2 : Accréditer la thèse d’une renaissance brune plutôt que d’admettre ses erreurs

Comment s’étonner dès lors que les bataillons de bien pensants s’alarment devant le phénix fasciste ? Celui qui lit les éditos ou se contente des unes des magazines pourrait se croire plongé dans un Vichy new-wave . La bête est là tapie dans l’ombre malgré sa métamorphose, voilà le discours. Durant les semaines qui précédaient les fabricants d’opinion ont fait le pari Le Pen (eux ils disent Marine d’ailleurs). Les résultats des élections offre un démenti assez cinglant. Le pseudo “effet Marine” est bien faible en dépit de toute la publicité gratuite. Mais non, mieux vaut y voir la confirmation des thèses journalistiques qui précédaient quitte à travestir l’évidence. Les journalistes et les sondages se sont plantés ? Détrompez-vous braves gens, c’est que vous n’avez pas la bonne lecture des résultats.  Au final, des journalistes  qui refusent d’admettre leurs limites dans la fabrique de l’opinion comme dans l’appréciation des résultats. La fracture médiatique n’est pas près d’être résorbée.

Conclusion 3 : Mettre délibérément des œillères, c’est l’heure du storytelling présidentiel

Faire des Français un peuple xénophobe au vu des résultats est un contresens majeur. J’en veux pour preuve le fait que le parti qui droitise à l’extrême son discours connaît une déroute. Le FN dont s’est là le fond de commerce n’en profite que marginalement. Or l’UMP stricto sensu + le FN plafonnent à 35% –37% des voix. Ces voix, il faudra se les partager dans un an au premier tour. Pire les motivations anti immigrationnistes ou xénophobes parmi les électeurs frontistes ne sont pas si majoritaires. Les dimensions contestataires, anti système, voire anti élitistes ou anti CAC40 représentent une part non négligeable dans le vote FN. L’immigration, l’identité et la sécurité arrivent très loin derrière le chômage, le pouvoir d’achat, l’éducation, dans l’ensemble de l’électorat. Si loin que le FN ne pourrait réaliser de tels scores si seuls ceux qui font une priorité des trois premières s’étaient exprimés en sa faveur. Ainsi donc, il est consternant de voir le petit monde médiatique et politique s’agiter autant sur des problèmes qui ne sont que très secondaires pour les Français. C’est parce que le FN est vendeur, c’est excitant, ça sent la poudre, au FN on n’hésite pas à employer des mots qui suggèrent d’autres maux. Le FN, c’est le frisson garanti. Ca fait bander le journaleux. Et merde !  le parti se “normalise” si l’on en croit les sondages. C’est donc là qu’est le danger répondent en chœur les médiacrates. Attention le FN se banalise ! Mais pourtant, quel parti souhaite aujourd’hui se normaliser ? Est-ce vraiment une chance pour un parti de se banaliser ? Quand on voit l’image de marque détestable qu’ont les partis “normaux” en France ! Etre un parti comme les autres en 2012, c’est perdre à tous les coups.  

vendredi 18 mars 2011

La Guerre aujourd’hui, le terrorisme dans 15 jours, la réélection dans 1 an ?

Notre dictateur libyen adoré était devenu trop gênant. Les soupçons de financement occulte de la campagne de 2007 et les menaces de révélations sur le “clown” Sarkozy nécessitaient une réaction rapide. Nous voilà autorisés à “recourir à la force” en Libye avec l’aval de l’ONU. La vénérable institution aurait pu faire un package avec le Bahreïn et le Yémen, mais fort curieusement ces voisins de l’Arabie Saoudite ne sont pas le moins du monde menacés d’une quelconque ingérence autre que celle de ladite Arabie.

Dans quelques heures nos avions bombarderont le sol libyen. Nous sommes en guerre. Pendant quelques jours, on ne parlera que des cibles visées. “Objectifs militaires, voies de communications, batteries de DCA, aérodromes. Au bout d’une semaine, tout le monde s’en prendra à Kadhafi parce qu’il placera des otages civils à proximité desdites cibles. Ah le vilain tortionnaire de la Tripolitaine. Le salopard, l’ordure, doit crever. Les paras d’élite s’en chargeront, z’auront droit à une Marseillaise aux Invalides à un te deum à Notre Dame. Gloire à eux. Morts pour la France ?

Dans quinze jours, quand le régime du berger touareg commencera à vaciller et qu’un ou deux avions français auront été abattus, l’alerte sera donnée en France. Vigipirate sera réactivé, des barrières feront à nouveau leur apparition devant tous les bâtiments publics, des militaires en Famas pourront parader patrouiller  dans les halls de gares, tandis que leurs chiens snifferont les poubelles. On se méfiera tout particulièrement des individus basanés. La psychose gagnera la France. Et dans une geste grandiose, notre peuple Français, si grand dans les moments difficiles, fera l’Union Sacrée autour de son président.

Et les Libyens ? Sûr que les insurgés feront un accueil délirant lors du triomphe de Sarkozy à Benghazi. Mais avant cela, il faudra donner l’assaut final. Vaste opération aéroportée au dessus de Tripoli. Remake savant de Suez ou de Kolwezi, la grande muette fera le plein de commentaires élogieux. 

Quand le petit pères des sables devra planter sa tente dans le désert tchadien, nous investirons les divers palais et bunkers pour y détruire au plus vite les documents compromettants. Dans les médias, on appellera ça, “la chasse au trésor de Kadhafi”, quelques millions de pétrodollars en liquide seront exhibés devant nos yeux cathodiques ébahis.

Nous serons alors en avril 2012, tous les partis politiques se seront félicités de cette opération militaro-humanitaire. Sarkozy sera en passe d’être réélu. L’homme des crises, l’homme au sang froid, le génie de Neuilly, restera ancré dans nos mémoires…pour des siècles et des siècles.

samedi 5 février 2011

Et si on repensait l’immigration à gauche ?

L’immigration, et plus spécifiquement la clandestine est sans conteste devenue le tabou majeur de la gauche française. Sa position consiste à dire qu’il s’agit là d’un problème (et certains continuent même d’évoquer une chance) avant tout humain. Avec des nuances, ce propos demeure l’alpha et l’oméga de l’essentiel des représentants de la gauche. Cette façon de penser n’a pas évolué depuis l’ère Mitterrand. Peut-on décemment reprocher à un discours humaniste de résister à l’air du temps ? Non, car les principes fondamentaux ne sont pas négociables. Percevoir les choses ainsi ne saurait donc être périmé. Mais, on le sait, ce discours n’est plus audible aujourd’hui car il apparaît déconnecté de la problématique actuelle de l’immigration. En quoi la donne s’est elle modifiée ?

 

Accueillir ne va plus de soi

La société française est dans une phase où elle n’est plus en mesure d’accepter le migrant, d’aller vers lui, de lui souhaiter bienvenue. La crise économique et sociale prolongée (presque continue depuis 38 ans !) a sérieusement entamé la capacité d’ouverture des Français. Le chômage de masse, la précarité généralisée, les prestations sociales scalpées, expliquent pour une bonne part la frilosité voire le repli d’une partie croissante de la population sur ce qu’elle estime être ses valeurs, ses traditions, son exception…bref sur un identitarisme national largement mythifié et très étroit dans son acception. Ce n’est pas tant que l’autre fait peur, c’est notre impuissance à guérir nos maux qui effraie. Si l’autre n’est plus accepté c’est parce que nous allons mal et non l’inverse. Le phénomène de rejet auquel on assiste provient non pas d’une montée en puissance de l’autre, mais de notre faiblesse qui nous semble irrémédiable.   Et qu’on ne me dise pas que ce rejet est un nouvel aperçu d’un mal bien français, de relents d’une xénophobie typiquement hexagonale. Il n’en est rien : notre pays est en crise sociale, il lui apparaît contre productif dans ces conditions d’accueillir en son sein des éléments allogènes qui viendraient le déstabiliser un peu plus encore. Voilà tout, cela relève plus du bon sens que du racisme. Et vouloir le nier conduit nécessairement à une catastrophe dans laquelle une population majoritaire très chahutée et se sentant abandonnée, libère sa haine sur les plus faibles et non sur les puissants qui pourtant ne les protègent plus.

 

S’intégrer n’est ni possible ni nécessaire

Ensuite, parce que la nature de l’immigration a changé. Depuis la fin de la politique de regroupement familial, le flux d’immigrants légaux s’est considérablement tari. (la fameuse immigration choisie !) Le principe des vases communicants jouant à plein, le flot d’immigrants clandestins s’accrut considérablement surtout depuis que l’Italie et l’Espagne ont abandonné à leur tour les régularisations massives. Le passage d’une immigration légale à immigration clandestine change la donne. En effet, l’objectif des migrants n’est plus le même. Le clandestin a d’autres objectifs que le migrant légal puisque ces choix sont par nature plus limités : Il ne s’agit plus pour lui d’espérer s’établir durablement dans le pays d’accueil mais d’y trimer un maximum pour un temps qu’il espère le plus réduit possible. Gagner quelques billets clandestinement, quelles que soient les conditions. Vivre au jour le jour sans aucune perspective, être à la merci des employeurs, être toujours prêt à partir si besoin est. Se poser c’est impensable, s’intégrer relève de la chimère.Le clandestin ne peut pas chercher à devenir français, par essence illégal, il ne peut envisager de respecter la loi. Il est sans aucune perspective civique. Consommateur oui, producteur oui, citoyen non. Sachant pertinemment qu’il ne sera jamais accueilli, il mène sa barque comme il le peut sur les chantiers, dans l’hôtellerie, la restauration ou comme domestique. Un marxiste parlerait à son égard de lumpenprolétariat, avec tout ce que cela signifie pour la cause ouvrière à savoir un parasite destructeur, un ennemi objectif de la cause . Etonnant presque que la CGT déploie tant d’efforts pour soutenir leur combat !

Constat accablant : D’un côté une capacité d’absorption pour le moins émoussée, de l’autre un désir d’intégration évanoui.

La gauche face à la redéfinition de la problématique de l’immigration

Face à ses mutations complexes, le discours de gauche s’est peu transformé comme s’il niait l’évidence. Voici donc la gauche socialiste et communiste contrainte de camper sur de grands principes en invoquant les mânes des Lumières, de l’internationalisme militant,  avec SOS Racisme et le MRAP  pour remplacer Voltaire et Jaurès. C’est triste mais c’est si vrai. Et puis en face, ceux qui n’ont pas la même conception, c’est la bête immonde, l’infâme qu’il faut écraser. Ainsi Rocard trouvait-il judicieux de comparer la reconduite des Roms à la collaboration vichyste. Mais où en est-on arrivé ? S’il faut toujours évoquer le plus horrible pour condamner une action, à quoi cela sert-il, sinon à banaliser le pire ? Ce discours, d’un consensualisme si mollasson (“droit de l’hommiste”) ne trompe plus personne. Nazi ici, Vichyste par là, collabo pour les autres… ce serait si simple. Mais les faits sont têtus, Sarko n’est pas Pétain (ou en tous cas il ne le peut pas), ces gens ne sont pas envoyés à la mort. Aussi injuste soit cette politique, vouloir l’assimiler au pire, c’est décrédibiliser durablement l’opposition qu’elle pourrait rencontrer. On s’indigne, on proteste, on est effaré, très bien. Mais voilà, le hic c’est que ça n’intéresse plus personne. Rien à faire, l’inflation des mots fait momentanément monter la température, puis ça retombe comme si de rien n’était. Et la fois d’après que pourra-t-on faire de plus ? La gauche s’est enfermée dans un discours stéréotypé, une ritournelle bien pensante, inlassablement répétée. Elle a désorienté ses électeurs à force de nier l’évidence. Aujourd’hui l’homme de gauche se trouve très gêné si ce thème arrive à table, car comment convaincre le Français qui galère que la victime c’est le migrant ? Ce n’est que par un “surmoi” politique que les plus honnêtes d’entre nous s’efforcent de distinguer, de nuancer, de ramener à des proportions plus justes les amalgames “zemmouriens” erronés qui pourraient surgir devant la machine à café du bureau ou lors d’un repas de famille.  Les vents dominants soufflent dans le sens inverse.

Si cette thématique était décisive pour la majorité des électeurs, il y aurait belle lurette que la gauche aurait cessé d’exister ! Porter un tel discours ne mène aujourd’hui qu’à l’impasse. C’est pourquoi certaines voix de gauche ont cru bon de lever le tabou. Mais pour mieux reprendre le discours identitaire porté par la droite et l’extrême droite ! C’est le cas de personnes comme Manuel Valls qui se plaignent d’avoir trop de noirs et d’arabes dans la ville dont ils sont maires. Dans ce cas, la gauche n’aurait d’autre possibilité que de battre sa coulpe et de ployer sous l’effet des vents contraires. C’est admettre que l’immigration n’est pas d’abord un problème humain mais identitaire ou au mieux culturel. Devant ce nouvel abandon, la majeure partie des élus de gauche campe sur ses positions et répètent à l’envi son credo misérabiliste… Se comporter en humaniste, c’est très bien, mais ça ne règle nullement le problème !Les Français ont compris :  Donner des papiers ne rend pas plus Français et c’est dommage. Donner des papiers incite les autres à venir et c’est tragique.

Alors on pourrait toujours laisser croire qu’il est possible de leur donner des papiers, de les soigner, d’éduquer leurs enfants et dans le même temps de fermer les frontières pour les nouveaux candidats, de les empêcher d’accoster, de vérifier toutes les soutes d’avions, les cales des paquebots, d’hérisser la Méditerranée de miradors. Mais cela n’est-il pas contradictoire avec l’humanisme revendiqué ? Faudra-t-il encore accentuer les patrouilles communautaires aux frontières de l’Union, dépenser des millions pour s’équiper de vedettes rapides, gueuler sur nos voisins européens jugés trop laxistes ? Nous ne le savons que trop, ces remèdes n’en sont pas, il est impossible de fermer une frontière aussi longue que la Méditerranée et les Balkans réunis. Malheureusement la position de la gauche n’est donc pas tenable : A la fois inefficace à contradictoire.

Par ailleurs celle de la droite est illégitime puisque l’on ne peut avoir pour seul viatique la reconduite à la frontière. Celle-ci se déroule dans de telles conditions objectives qu’on peut la considérer comme inhumaine. Et sa charge symbolique considérable la fait entrer en réminiscence avec ce qu’il est convenu d’appeler “les heures sombres de la collaboration”. Enfin, c’est comme remplir le tonneau des Danaïdes,  des chiffres de reconduite plus élevés ne signifient rien d’autres que le fait qu’ils sont plus nombreux. Dire qu’il faut reconduire 10000 clandestins par an n’a pas de sens, puisqu’on ignore combien entrent et combien sont présents. Mais passons, rendons à Ubu ce qui est à Ubu.

Au final, la position de gauche comme de droite ne divergent que sur la façon de traiter les clandestins déjà présents sur le territoire. Concernant les futurs arrivants la politique mise sur pied est identique : elle comprend deux volets : l’un à l’échelle européenne est répressif : empêcher les clandestins d’entrer dans la forteresse passoire Europe. L’autre est plus préventif et se situe plus en amont. Il s’agit le plus souvent “d’aider” les pays de transit (comme le Maroc) par exemple à mener une politique répressive sur son leur propre territoire.

Le clandestin, idéal néolibéral

On a donc une droite parfaitement consciente que sa politique n’a pour seul effet concret qu’amuser la galerie et une gauche peu disposée à évoquer une mise à jour de son logiciel. Au faux combat nationaliste et identitaire porté par la droite répond une tolérance fallacieuse relayée par la gauche. De part et d’autre donc des faux nez, des postures, de la communication et de longs silences. Or, à y regarder de plus près, l’immigrant, et singulièrement le clandestin, est l’idéal-type du capitalisme contemporain. Ces hommes et femmes, jeunes, capables de parcourir des milliers de kilomètres, de changer de continent pour gagner un peu plus, sont les prophètes de l’aube nouvelle : ils ne demandent rien, n’ont droit à rien. Disponibles par millions, ils travaillent plus longtemps, sont endurants, acceptent tout job. Ils sont les ouvriers modèles, les Stakhanov du XXI° siècle. Ils répondent même aux exigences de pôle emploi puisqu’ils ne refusent rien. Comme les produits qui circulent librement, ils traversent plusieurs frontières avant de se mettre à disposition. S’il leur arrive malheur, aucune inquiétude à avoir, d’autres arriveront. Rien ne les retient, nulle part. La famille ? Quittée. Le pays d’origine ? Trop loin. Les amis, les relations ? Inexistants. Ce flux de main d’œuvre clandestine irrigue nos secteurs les plus prospères en France : le tourisme, le bâtiment, les aides à la personne. Comme c’est étrange. Qui rafle la mise ? L’entrepreneur véreux.  Qui y perd le plus ? Le citoyen français. Pourquoi y perd il ? Le recours aux clandestins accroît le volume de travail au noir et réduit les recettes fiscales. Certains emplois qui devraient apparaître sur le marché ne le sont pas. Les salaires ne peuvent augmenter, les droits sociaux sont réduits devant cette concurrence déloyale. Ces personnes, à leur insu, pèsent donc sur les revenus, les conditions de travail de millions de salariés.

Vous avez bien dit moins d’Etat, réduire les droits, geler les salaires, réduire le code du travail en bouillie ? Mais ne s’agit-il pas de l’axe majeur de notre politique socio-économique ? Dès lors, quel intérêt pour les pouvoirs publics de se doter d’une politique et d’instruments capables de juguler véritablement le phénomène de l’immigration clandestine ? “Ah, si seulement nos Français paresseux pouvaient être payés comme eux et s’endetter comme des Américains, nous serions les plus heureux !” c’est en substance ce qu’ils se disent là haut. Et devant une telle évidence, la gauche devrait hurler, renverser la table, estimer que c’est là un atteinte aux droits des Français. Reconnaître au moins que les clandestins sont le cheval de Troie du néolibéralisme dérégulé. Mais non, rien, ce sont des victimes. Et les Français ? Silence.

La droite ment quand elle prétend s’attaquer aux clandestins car son intérêt est qu’ils restent. La gauche est dans le déni car son intérêt est de faire croire qu’elle s’oppose vigoureusement quand elle ne fait qu’acter l’effondrement de notre modèle social.

Et donc que faire ?

Une politique migratoire de gauche consiste donc d’abord à limiter au maximum l’immigration clandestine. Pour cela, plutôt que de laisser entendre qu’on ne peut rien y faire ou que c’est en aidant les pays d’origine qu’on fermera le robinet, il faudrait enfin agir dans nos frontières; c’est à dire durcir la loi pour les employeurs peu regardants, accroître le nombre d’inspecteurs du travail, réévaluer ces missions au sein de l’ Urssaf. Ce type de mesure, dont le coût est minime, voire au final totalement rentable, aurait pour effet de rendre plus difficile l’emploi des clandestins. On évalue leur nombre sur le territoire français dans une fourchette de 200.000 à 800.000, c’est autant d’emplois qui ne sont pas pourvus, autant de cotisations non perçues etc. Il faut “resocialiser” la problématique de l’immigration. Y répondre en sanctionnant les patrons complices et non en remplissant des charters, voilà la réponse. Mais dans notre république est-il encore possible de faire appliquer la loi ? Il faut faire de la lutte contre le travail clandestin une priorité nationale.

Et concernant l’immigration légale, en quoi consisterait une politique de gauche. Selon le principe d’humanité évoqué en début d’article, les migrants légaux doivent avoir une perspective professionnelle en France. Inutile de leur donner l’autorisation d venir pour qu’ils aillent pointer au chômage. Parmi eux, il faut donner la priorité à ceux qui ont les diplômes ou les qualification correspondant aux métiers qui manquent de candidats en France, comme celui d’infirmière par exemple. Mais selon l’adage bien connu, “on ne peut accueillir toute la misère du monde même si l’on doit prendre notre part”, selon quels critères choisir ? Donner la priorité aux anciens ressortissants de l’empire colonial ne serait que justice, favoriser celui qui maîtrise le Français. Nos ambassades auront du travail ! Si les vannes de la migration clandestine sont fermées, ouvrir un peu plus celles de l’immigration légale semblera justifié. Nous pourrions ainsi accroître notre part dans la prise en charge de la misère du monde. C’est bien plus efficace que de vendre des jeeps à l’Algérie pour qu’elle chasse les Mauritaniens en route pour l’exil à travers le Sahara.

Enfin, il faudra un peu se concentrer sur nos frontières ultramarines. Le département français qui est le plus concerné par l’immigration clandestine est la Guyane, la Réunion et les Comores suivent de près. Dans ces zones très pauvres, l’attrait de nos minimas sociaux suffit à expliquer les flux. C’est là qu’il convient de porter l’effort policier. C’est avec le Surinam plutôt qu’avec le Maroc qu’il faut passer des accords bilatéraux. C’est moins vendeur mais bougrement plus efficace.

Au final la France en sortirait grandie, aux yeux du monde et des migrants. Ce serait une noble ambition pour un pays qui se proclame “patrie des droits de l’homme.  Elle lutterait activement contre les mafias de passeurs. Dans nos frontières, la lutte contre le travail clandestin serait sans doute populaire et limiterait l’ampleur des pressions qui s’exercent sur le salariat. Ne nous y trompons pas, c’est de conquête sociale dont il s’agit, pas de chasse à l’homme.

Ces quelques pistes d’action sont insuffisantes mais elles me semblent de bon sens. Puissent-elles passer entre les mains d’un responsable politique et donner une nouvelle orientation au discours porté par la gauche en matière migratoire.

jeudi 27 janvier 2011

Pourquoi vous n’aurez pas droit au duel Sarko-DSK en 2012

        Derrière le ralliement forcé au président sortant, on trouve moult ambitions individuelles plus ou moins dissimulées. Cela est de bonne guerre. Mais concrètement, le nombre de candidats potentiels de droite en 2012 demeure impressionnant : M. Le Pen, N.Sarkozy, D. De Villepin, N. Dupont Aignant, H.Morin, F Bayrou.  6 candidats de droite au premier tour, voilà qui serait pratiquement inédit. On peut imaginer une configuration réduite à 5 mais ce chiffre reste quand même considérable. Electoralement cela signifie 2 candidats d’extrême droite (j’y reviendrai) 1ex repenti néogaulliste, un pur jus gaulliste souverainiste, 2 centre droit européistes. En gros 2 candidats pour chaque famille de la droite. On frôle le trop plein ! D’autant qu’aucun d’entre eux ne pourra jouer le “centriste du centre” avec le père FMI à gauche. Ces familles regroupées représentent environ 51-54 % des votants en France. Le risque pour Sarkozy est double : Dans cette configuration (à 5 ou 6)  il peut aussi bien être devancé sur le fil par Le Pen, qu’être le Jospin de la Droite c’est à dire amener une situation ou son camp, quoique majoritaire (comme l’était la gauche en 2002 au premier tour), soit privé de second tour.  L’étiage d’un sortant présidentiel se situe autour de 19 % (Chirac 1er tour 2002 moins de 20 %) Voilà pour le matelas. Un tel score ne lui garantit pas de passer au second tour, il doit donc donner aux personnes de droite envie de voter pour lui plutôt que pour un concurrent de son camp.

Il est vrai que “l’instinct” de l’électeur de droite est de voter d’emblée pour son champion, du fait de l’amour que tout électeur de droite porte à l’idée du “chef”. Ceci dit, quoiqu’il arrive, Sarkozy arrivera en 2012 salement amoché y compris dans son camp. L’indécis de droite, par respect pour le chef, n’ira pas donner sa voix à un diviseur, certes, mais ira-t-il voter ?

Sarkozy saura rallier au 2° tour contre la gauche, mais parviendra-t-il à ce stade là ? Il est certain qu’au delà des 20% les voix seront chères. Il ne les gagnera que sur une dynamique de campagne. Or, une campagne réussie dépend d’abord du positionnement politique, de la posture dirait-on si l’on était cynique.

Car l’homme ne plaît plus guère et surtout ne surprend plus. Car s’appuyer sur un bilan s’avère pour le moins délicat. Donc, ne lui reste que l’option du positionnement. Que peut-il envisager ?

Le libéral : Tactique qui aura le mérite d’hérisser la gauche et de ne pas être portée par un autre candidat de droite. Le voilà redevenu “clivant”, il pourra espérer faire le débat. Risque : prêter le flanc sur sa droite, délaisser les thématiques sécurité/immigration/identité. Au final, option peu probable ou mezzo voce .

Le gaulliste qui a trouvé sa voie au delà des partis : “Changé” une énième fois, il incarne enfin sa fonction. Au dessus de la mêlée, il parlera gouvernance européenne, Europe et régulation de la mondialisation. Risques : le créneau est déjà pris par Villepin et Bayrou, potentiellement inaudible.  Et face à DSK risque du ridicule.Lassitude possible de l’électorat devant sa nouvelle métamorphose. Campagne qui ne “prend pas”.

Reste la posture du “droitier assumé”. Immigration, insécurité, identité nationale et/ou religieuse. Et voilà notre Sarko transformé en Berlu, en Haider, en leader minimo. Concurrence possible avec la Le Pen. Espoir ? siphonner une nouvelle fois ses voix. D’autant que la posture “néogauchiste” de la dame pourrait lui laisser une opportunité. Risque : rassemblement large de la gauche et du centre. Peu de réserves au deuxième tour.

Dernière option : le bilan. La continuité. L’homme qui rassure. Garantie de passer le premier tour avec le matelas de 25% d’opinion favorable. Mais dans ce cas difficile de mobiliser 5O,1 % des voix pour “que ça continue comme avant”. Même un mou du bulbe légèrement rosé suffirait à le battre.

 

Maintenant envisageons cela avec l’hypothèse DSK.

L’homme du FMI est sûr de l’emporter face à Sarkozy au deuxième tour certes, mais finalement il est également le seul autre candidat qui devra défendre un bilan (moyen) dans une institution peu reluisante (le FMI) pour ceux de son camp (la gauche). L’homme qui supprime des milliers de fonctionnaires dans le monde entier, qui privatise les services publics, qui impose des plans de rigueur aux pauvres. Un beau slogan pour le peuple de gauche !

L’homme perdra donc nécessairement beaucoup de voix sur sa gauche. S’il est cantonné au centre par un Bayrou et ailleurs par des écolos un peu moins naïfs qu’à l’habitude, il peut ne pas franchir le premier tour.

En réalité, DSK ne représente pas une alternative mais un renforcement ( la mondialisation libérale à fond) des dynamiques à l’œuvre actuellement. Il pourra en revanche essayer d’incarner un certain apaisement dans la pratique du pouvoir par rapport à son agité de prédécesseur mais il ne sera pas le seul à occuper ce créneau là. Or, chacun sait que dans les choix économiques, la présidence DSK ne saurait infléchir sensiblement la tendance actuelle…car l’homme ne le peut (ce ne sera pas pour ça qu’il sera élu) ni ne le veut (eu égard à ses fonctions passées et à ses vertus cardinales : libre concurrence, libre marché, etc).

La droite umpiste n’a en réalité de meilleur allié, la preuve ? C’est l’homme de gauche le plus apprécié à droite. Le même est moins apprécié à gauche qu’Aubry, c’est dire. Les intérêts de la droite n’ont rien à craindre d’un DSK président. Lui aussi sera, à coup sûr, le président des riches. D’ailleurs c’est les seules personnes qu’il fréquente encore à Washington.

A ce stade, arrêtons-nous. DSK doit surmonter avant cela un obstacle incontournable, à savoir les fameuses primaires du PS. A supposer que celles-ci se déroulent convenablement, il n’a que peu de chances de les emporter. Il est dans la même position que Delors en 1995. Un homme lointain qui paraît puissant. Come Jacques, Dominique n’est plus en prise avec les Français. Et, je l’ai déjà signalé, il n’est pas le plus populaire à gauche. L’éloignement doctrinal et géographique du directeur du FMI risque de peser lourd dans des primaires où l’on s’écharpera à coup sûr. Comme Delors, il est populaire. Comme Delors, il a l’image du centriste, comme Delors, il ferait mieux de renoncer. Il y a pour lui un risque de déroute aux primaires. Tout le monde le veut mais personne ne l’attend. Hormis les bras droit du PS, qui est impatient de le voir entrer en scène ? Il est l’homme providentiel, il est le grand vainqueur, il est celui pour lequel on n’a pas besoin de voter. Sera-t-il en mesure de faire déplacer les foules aux primaires ? Entre septembre 2011 et octobre suivant, sera-t-il en mesure de mettre sur pied une dynamique suffisante à gauche (et pas dans les sondages !) ? A mon avis non.

Si toutefois, à ma grande surprise, DSK emporte les primaires demeurera l’hypothèse suivante : Entre Sarkozy et lui c’est comme entre Talleyrand et Napoléon : c’est le principe des vases communicants, l’un ne peut s’envoler si l’autre ne s’enfonce pas.

Pour se qualifier au deuxième tour, quelles stratégies s’offrent à Strauss Kahn ? En posant cette question, j’en viens à douter que l’homme puisse même se la poser. Sûr de son coup, il fera peut être d’emblée une campagne de deuxième tour, comme Jospin en 2002. Toutefois, quel positionnement adoptera-t-il pour la campagne?

- Première possibilité : Etre lui même. Le banquier du monde au chevet d’une France malade. Quels sont les atouts de cette stratégie ? Pouvoir surfer plus longtemps sur son “capital de sympathie” comme on dit de nos jours. Etre en quelque sorte “inatteignable” genre blanche colombe entourée de vulgaires crapauds. “J’ai la confiance des marchés, la France peut se relever et recouvrer sa place dans le concert international. Je connais mieux que quiconque les limites entre le souhaitable et l’irréalisable. Les autres peuvent rêver tout haut, moi je suis dans le concret”. Ce type de tirade reviendra sans doute comme un leitmotiv au cours de la campagne. Limites de la stratégie : apparaître distant et roboratif. Effritement progressif, désintérêt croissant. Prête le flanc aux critiques venant de la gauche, dispersion de l’électorat. Comment se distinguer d’un Bayrou, voire d’un Sarkozy qui l’a placé lui même à la tête du FMI ? En creux ça donnera “Si tu parles de là où tu es, c’est grâce à moi. Tu es un bon gestionnaire mais je suis le visionnaire.”   Bref, cette tactique n’est pas tenable sur une campagne de 6 mois.

- Alternative : Gauchiser son image voire son programme. Avantage, mieux rassembler son camp. Risque de ne pas mordre sur l’électorat centriste. Devant ce choix cornélien, le curseur est difficile à placer. Mais surtout une attitude peu crédible eu égard à son passé (plus que récent) au FMI. Donc, des difficultés pour convaincre “à gauche” et l’électorat modéré déboussolé.

- Dernière option : celle du trublion. Profiter d’une image d’homme sérieux dans “le cercle de raison” pour tenir une position iconoclaste. “Le libéralisme c’est la gauche” ou “le fédéralisme européen, voilà l’avenir” ou encore “dé-présidentialisation du régime républicain”. Objectif : allier la constance de l’homme responsable (sérieux) et la rupture politique (transformation majeure). Mais un tel pari suppose beaucoup de courage politique et sied davantage aux outsiders qu’aux favoris. Or, l’homme est prudent, sa déroute cuisante aux “primaires” de 2007 ne l’incitera pas à prendre des risques. Ce choix tactique ne sera donc pas le premier, il ne s’agira que d’un recours en cas de difficulté.

Or, s’ils sont tous deux candidats Sarkozy + DSK représentent moins de 50% du paysage politique français car ils sont sur le même registre. Et quelque part, le même bilan. Une grave crise économique à gérer (mon dieu les pauvres !), les sacrifices qu’il faudra faire etc. A priori donc, ils ne pourront réunir chacun 25% des voix. En deçà de ce seuil, l’accès au deuxième tour n’est pas garanti. Il y aura un troisième homme(ou une femme). Voire un(e) quatrième…

Reste la médiatisation de la campagne. Combien de sondages où les deux principaux prétendants seront “testés” au deuxième tour ? Combien de manchettes sur “le duel qui s’annonce” ? Combien d’invitations aux 20 heures ? Combien de fois la messe sera-t-elle dite avant le premier tour ? A toutes ces questions, nul doute que nos deux coqs devanceront largement leurs adversaires. Reste à savoir quel effet cela produira sur les citoyens. Il y a fort à parier qu’à l’instar du référendum de 2005 ou de la mobilisation sur les retraites de 2010, l’overdose prenne le dessus. Une presse officielle trop univoque est la meilleure garantie pour un effet boomerang que l’on décèlera quelques semaines avant le jour J sur le net.

jeudi 21 octobre 2010

Mais, que se passe-t-il ? Et que faire ?

Un mouvement protéiforme, décentralisé, largement autonome et au delà des barrières syndicales et générationnelles se diffuse dans toute la France. L’action au début centrée sur les raffineries et les lycées se déplace dans d’autres secteurs. Les centrales syndicales sont contraintes de suivre et s’apprêtent à une nouvelle journée d’actions prévues au cœur des vacances de Toussaint.

Les revendications commencent à s’élargir : Si la contre-réforme des retraites demeure le point nodal , les slogans des manifestants et des grévistes sont bien plus vastes…et les médias commencent à s’en faire l’écho. La contestation sociale devient politique. Le chef de l’Etat en personne est visé, sa démission ou des législatives anticipées sont ouvertement évoquées. 

Ce qu’il y a de malheureux pour ce mouvement est qu’il ne parvient pas à désigner le réel coupable. Rappelons nous l’hiver 2009, 3 grandes journées d’actions avaient rassemblé plusieurs millions de personnes “contre la crise”. En désignant aujourd’hui le président, le mouvement de contestation n’attaque pas le symptôme mais le symbole. Notre marionnette en chef et sa politique ne sont qu’une courroie de transmission parmi d’autres de la stratégie du choc chère à N. Klein. Et la contre-réforme des retraites qu’une des mises en pratique concrète de l’huile de foie de morue indigeste et non curative de la logorrhée néolibérale.

C’est bien plus dans une redéfinition du partage du travail à l’échelle mondiale, dans une remise à plat de nos modes de consommation ou dans une nouvelle législation des échanges, qu’une alternative peut-être envisagée . Un changement de tête au sommet de l’exécutif national n’aurait, in fine, que peu de conséquences (si ce n’est un immense orgasme collectif). Une autre tête lui succèdera… qui sera soumise aux mêmes injonctions venues des marchés.

Alors bien sûr le saut opéré par les manifestants (du problème des retraites à la volonté d’en découdre avec NS) n’est pas inintéressant, mais il faut de suite aller plus loin et remettre en question le fonctionnement de l’économie française, européenne et éventuellement mondiale pour disposer d’un corpus politique cohérent à même de contrecarrer les puissances actuellement à l’œuvre.

Voyez la Grèce et son austérité, voyez l’Espagne et sa dépression, voyez l’Irlande épuisée, observez les Etats-Unis chancelants, écarquillez vos yeux devant l’offensive Cameron en Grande-Bretagne et jetez un œil pour finir à la France. Vous voyez, l’Europe et l’Occident s’appauvrissent, les droits sociaux régressent, les services publics sont essorés, les allocations largement restreintes. La cure d’austérité sans précédent qui affecte l’Europe n’est que la conséquence de la dérégulation économique totale qui rend le moins disant social et fiscal maître du jeu global. Après en avoir été les initiateurs, il y a fort à parier que les “Occidentaux” soient les grands perdants de la mondialisation. Notre apogée prend fin et nous nous battons pour le monde d’hier en défendant nos retraites.

Entendons-nous bien, ce que je veux dire par là c’est qu’effectivement les conditions économiques globales actuelles ne permettent plus l’entretien d’une sécurité sociale (au sens large) de qualité. Evidemment, ce n’est pas une raison pour accepter cette régression sociale, mais au mieux, cela aboutira à une remise en cause encore plus brutale dans quelques années  et ce quel que soit le président. En d’autres termes, notre appauvrissement relatif (ou absolu) nous oblige à redéfinir un projet économique. Les cadres qui structuraient la société post deuxième guerre mondiale se sont tous effondrés. Il n’y a plus de mythe fédérateur qui soit porteur d’avenir. Nous défendons nos retraites, mais nous n’anticipons pas. Nous voilà confinés dans le rôle de conservateurs du patrimoine social. Ils auront beau jeu de nous mettre ensuite au musée.

Car il faut bien dire qu’hormis le plus de croissance (et son double inversé, la décroissance), il n’existe pas de projet économique. Comment penser une économie au service de ceux qui la font et non au service de ceux  qui en dispose ? L’économie peut-elle servir l’intérêt général et comment ? Comment le politique peut-il faire rimer développement économique et social ?  Comment se fait-il que ces questions ne soient pas posées au delà de cercles militants restreints alors que tout concourt J’y reviens une fois de plus, mais pour qu’il y ait projet économique, il faut une volonté politique.

C’est pourquoi le mouvement de contestation ne doit pas être porté uniquement par les centrales syndicales. Mais qu’attendent les chanteurs pour organiser des concerts dont les fonds récoltés seraient redistribués aux grévistes? Mais qu’attend la gauche pour tenir des meetings unitaires dans des stades bondés? Mais qu’attendent les réalisateurs et les poètes pour élargir le champs des possibles, pourquoi les philosophes nous offrent-ils si peu de grilles d’analyse conceptuelle ? En vérité, ils ont peur d’entrer dans la bataille, peur car non instigateurs. Vous en avez entendu un seul s’exprimer ? Rien, personne hormis ce qu’il est convenu d’appeler l’opposition parlementaire. Et face à ce néant, les éditos se poursuivent et s’enchaînent dans le “cercle de raison” qui stipule que rien ne doit mettre en péril la bonne gouvernance. Les éditos puants du Monde, les bassesses du Figaro, le poujadisme latent d’Europe Un ou de RMC info distillent à longueur de journée leur saloperie estampillée MEDEF UMP. Et le premier d’entre les Français qui nous refait le coup du “on n’a pas le droit de prendre en otage des gens qui n’y sont pour rien”…à croire qu’il veut qu’on le prenne lui en otage… et pour de vrai.

Quelque chose d’indicible flotte dans l’air, mais personne n’ose véritablement s’en emparer.

Il faut déjà sauter sur l’occasion pour rappeler que ce ne sont pas les fonctionnaires ou les arabes qui appauvrissent le pays mais les banquiers et autres traders. Que les grandes fortunes n’effectuent pas leur devoir de solidarité en obtenant des privilèges fiscaux. Qu’il nous faut une nouvelle nuit du 4 août. Mettre les choses au clair, rappeler que ce qui se joue n’est rien d’autre qu’un nouvel épisode de la lutte des classes. Réforme validée ou non, demain la précarité de l’emploi,  le chômage l’endettement des ménages et des Etats continueront de s’accroître.Demain les usines délocaliseront encore, demain les mal logés seront plus nombreux, demain les restos du cœur serviront toujours plus de repas, demain des sans-domiciles mourront de froid. Demain, les impôts augmenteront, comme les cotisations ou le prix des PV. Demain toujours, demain encore, l’ISF sera abrogé, demain des professeurs stagiaires démissionneront, demain des emplois publics seront supprimés, demain les hôpitaux fusionneront, demain la Poste fermera des agences, demain l’amiante continuera à tuer, demain les sans papiers laveront vos couverts dans les restos où passeront l’aspirateur dans votre hôtel.

Nous en sommes au stade infantile de la contestation. Il faut débloquer les cerveaux tout en bloquant les raffineries. Il va nous falloir grandir vite et viser juste. Défilons plutôt dans le XVI° arrondissement et à St Jean Cap Ferrat. Bloquons les transporteurs de fonds plutôt que les dépôts alimentaires. Arborons un insigne pour nous rencontrer et nous compter. Marquons notre désaccord au quotidien, en tous lieux.  C’est fondamental.

lundi 18 octobre 2010

Retraites : une lutte fraternelle et porteuse d’espoir collectif

Enfin ! Enfin, il se passe quelque chose en France ! Face à la crise qui persiste, face aux politiques néolibérales éculées, malgré la paupérisation qui se profile, en dépit de toutes les inerties, la France est en mouvement.

Pourtant, on ne parle plus que de pénurie, de blocage. De ce spectre de la paralysie qui menace. Trains annulés, essence en rade, lycées perturbés… Le moment est crucial dit-on.

Dans le même temps, le système D se déploie, les caisses de solidarité se mettent en place, l’imagination prend peu à peu le pouvoir. Non pas le pouvoir politique mais le pouvoir au quotidien, dans la vie de chacun. Bien sûr, il y aura des râleurs, ceux qui expliqueront qu’ils vont devoir mettre la clef sous la porte, mais pourtant.

Pourtant, ce qui pourrait s’annoncer, c’et une formidable expérience humaine, collective et un brin frondeuse. Comme un clin d’œil à la réalité. Voyez, je n’ai plus d’essence mais je survis. On fait du covoiturage, on redécouvre sa vieille paire de patins à roulettes, la promiscuité des bus. Les Vélib pris d’assaut, sont mis gratuitement à la disposition des Parisiens…

Prenez le front populaire, tous ont décrit un moment formidable et fraternel. La joie de vivre. Même les patrons se sont avoués “subjugués” face à un mouvement collectif, impossible à arrêter. Prenez les grèves de 95, tous ont survécu et de nombreux parisiens en gardent un souvenir ému, d’autres rapports s’établirent entre voisins, entre patrons et employés, on se se saluait dans la rue. Une entente complice régnait. Bien sûr l’impact économique fut important, mais l’aventure humaine, partout, a tout emporté.

A chaque fois que ce type d’événement surgit, nous avons deux configurations possibles:

- Soit la grève est impopulaire, et les usagers excédés exercent une pression terrible sur les grévistes.

- Soit elle est populaire car le sentiment général est que ce combat est légitime et majeur.

Or, ici, avec le mouvement opposé à la contre-réforme des retraites, l’opinion publique soutient largement le mouvement. Légitime et majeur, oui ce conflit l’est.  Pour la très grande majorité des Français, c’est au gouvernement de reculer. Lui qui cède constamment devant le pouvoir de la finance, lui qui cède face aux instances européennes, lui qui se sert avant de servir, lui ne reculerait pas devant des millions de Français qui éprouvent un fort sentiment d’injustice sociale ? La tour d’ivoire doit céder, et s’il faut en arriver à la paralysie du pays et bien, tant pis !

Les parents disent à leurs gosses de manifester pour eux

Des policiers soutiennent ouvertement les blocages des lycées

Les routiers viennent en aide aux raffineurs.

Je pense que le peuple français consentirait au blocage du pays, ce n’est pas le manque d’essence dont on a peur, c’est que l’injustice ne s’accroisse trop. Mais ce qui est extraordinaire, c’est que, pour paraphraser notre Winston d’outre Manche, «Jamais, dans l'histoire des guerres, un si grand nombre d'hommes n'ont dû autant à un si petit nombre.» Il parlait des pilotes de la RAF durant la bataille d’Angleterre en 1940-41. Oh, certes nous ne sommes pas en guerre et nous ne combattons pas le nazisme; ce n’est pas le sens de ma comparaison. Non, mais remarquons combien le devenir d’un mouvement social qui mobilise des millions de Français dépend de si peu d’hommes, les employés qui de près ou de loin travaillent dans les transports et la filière pétrolière.

Alors, que leur dire ? Que nous comptons sur eux bien sûr, mais qu’ils peuvent et doivent compter sur nous autres. Nous ne serons pas de simples moutons dans cette affaire. Notre combat est juste et légitime, il est emblématiques de toutes les luttes. Ne laissons pas, une fois de plus l’Histoire se faire sans nous, entrons-y !

samedi 9 octobre 2010

Imaginez un métier

Oui essayons d’imaginer un métier où vous devez satisfaire environ 160 clients par semaine. Toutes les deux semaines, l’examen du dossier de chaque client, vous prend dix minutes. Vous êtes contraints d’effectuer ce travail chez vous car vous ne disposez pas de bureau sur votre lieu de travail. Imaginons également que la famille proche de ces clients doit aussi être satisfaite du service rendu. Précision : vous ne choisissez pas votre clientèle, et vous ne pouvez en changer en cours de route. Celle-ci peut être courtoise, parfois vulgaire et injurieuse, ou même violente physiquement. En cas de difficulté, vous n’avez pas accès à la médecine du travail.

On pourrait même envisager que ce métier exige que vous retraciez chaque soir sur le net le compte-rendu de vos entretiens avec vos clients. Ce job serait ainsi le premier à être  parfaitement transparent, un peu à l’image du panoptique de Foucault. Mettons également l’hypothèse que chaque année l’employé devra établir son parcours annuel prévisionnel. Mais quel peut bien être ce métier mystère où le travailleur est à ce point infantilisé ?

Prêtons nous à rêver en fantasmant que ce métier est aussi évalué au quotidien par deux personnes, qui ont la haute main sur vos horaires de travail et leur aménagement. La progression salariale serait également lente et soumise à un autre évaluateur, qui vous connaît très mal. Celui-ci viendrait à intervalles irréguliers mais toujours très espacés. Avant de vérifier la qualité de votre travail, il papoterait quelques instants à votre sujet, dans votre dos évidemment, avec l’un des deux chefs déjà évoqués.

Ah, je risquais d’oublier quelques menus détails : vous avez une probabilité toujours plus grande d’exercer sur plusieurs lieux de travail, sans être remboursé de vos frais de déplacement et sans disposer de tickets restaurants. On pourrait aussi corser le tout en disant que l’employeur est seul maître de vos jours de congés. Et comme décidément ils n’en valent pas la peine, on leur supprimerait toute formation initiale. Quant à la formation continue, elle se raréfie et devient quasi inaccessible. On leur proposera donc de se former sur leur temps de vacances.

L’exercice de ce métier vous rapporterait la bagatelle de 16 KEuros annuels, soit un salaire mensuel d’environ 1350 euros, assorti d’aucune prime ni de treizième mois. Imaginons aussi qu’il faille être détenteur d’un master soit un bac plus 5 pour prétendre à l’exercice de ce métier. Cela donne envie ?

Oui ? Alors continuons : Imaginons que ces employés soient livrés en permanence à la vindicte populaire, qu’on les accuse d’être des nantis paresseux, qui coûtent trop cher. Imaginons qu’on en vienne à les noter professionnellement en fonction de la réussite dans la vie de leurs clients. Imaginons que le président de leur pays dise d’eux qu’ils ne pourront jamais égaler le curé…

C’est le métier dont rêvent tous les libéraux du monde entier qui se dépeint progressivement sous vos yeux. C’est pourquoi, sans doute, on dit de lui que c’est le plus beau métier du monde.