jeudi 1 juillet 2010

Dégager la clique au pouvoir : Peut-on décemment attendre 2012 ?

La boîte de Pandore s’est définitivement ouverte. Ce que chacun pressentait, ce que certains redoutaient, explose au beau milieu de l’obscurité. Tels un feu d’artifice en pleine nuit, le gouvernement et la présidence se sont engagés dans le bouquet final de leur décomposition. Le spectacle offert est de grande qualité, ça pète dans tous les sens, et à chaque fois les détonations font trembler les fondations.

L’affaire Woerth-Bettencourt-UMP met a nu les pratiques habituelles de ce gouvernement. Issus  des mêmes milieux que les grandes fortunes de ce pays, certains de nos ministres profitent à fond de ce lien intime pour confondre argent public et donations privées. Je te rembourse des cigares, je te ferme les yeux du fisc, je te fais 3 petits chèques, j’explose mon budget transport, je minimise ton héritage pour t’éviter de payer des droits de succession, je te divise par deux la valeur de tes lingots, j’embauche ta femme et tu fais disparaître mon île, je te confie une mission bidon à 9000 euros mensuels… Ces petits services entre amis sont à l’évidence monnaie courante. Le drame n’est pas tant dans la corruption qui est une pratique aussi ancienne que le métier de péripatéticienne mais dans le fait qu’unanimes, ils considèrent cela comme parfaitement normal. Le bouclier de l’immunité dont ils profitent ne leur suffit plus, il faudrait en plus qu’ils soient absous moralement. A croire qu’ils craignent davantage la justice divine que celle des hommes !

Confiné dans ses ministères ou dans ses jets, notre exécutif ne dispose plus que des sondages pour prendre le pouls du “peuple”. Or qu’indiquent jour après jour ces sondages ? Ou plus exactement qu’est ce qui intéresse Matignon et l’Elysée dans ces sondages ? Leur image bien sûr. Quelle perceptions mes chers concitoyens ont-ils de mon nombril ? Miroir, mon beau miroir… La réponse du reflet est cinglante : Dégradation continue. Dans toutes les catégories d’âge, dans toutes les catégories professionnelles, sur l’ensemble des sujets, tout s’effondre, dans des proportions importantes. Près d’un français sur deux ne fait “pas du tout confiance” aux chefs de l’exécutif. Seulement un sur quatre continue à leur accorder du crédit. La rupture est consommée. Cela peut arriver, mais ici encore, ce qui est grave est de passer outre et de faire comme si.

Comme si nos gouvernants se serraient vraiment la ceinture en supprimant du parc ministériel 20000 bagnoles et 7000 apparts.

Comme si, le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux pouvait amoindrir les coûts de fonctionnement.

Comme si mettre des fleurs artificielles dans les ministères constituait l’apogée de l’écologiquement correct et de la modération en terme de budget “décoration”. (Fallait le voir l’Estrosi sur France 2 !)

Comme si supprimer la garden party de l’Elysée effaçait les augmentations faramineuses de salaires qu’ils se sont tous octroyés.

Comme si, le bouclier fiscal était profitable à l’intérêt général.

Comme si la croissance allait revenir. Comme si le chômage allait baisser. Comme si reculer l’âge de la retraite constitue une “réforme” quand il ne s’agit que de ponctionner encore plus. Comme si la dette se résorbait. Comme si ne plus signaler les radars améliorait la sécurité. Comme si les banques privées étaient notre garantie de liberté. Comme si les affaires footballistiques avaient une quelconque importance.  Comme si la baisse de la TVA sur la restauration n’était pas une mesure à l’avantage des seuls touristes et des professionnels du secteur. Comme si supprimer la taxe professionnelle serait sans conséquence sur les budgets des régions, des départements, des municipalités. Comme si 2 millions de personnes dans la rue, c’était anecdotique.

Comme si, comme si, comme si…ces gesticulations constantes mais néanmoins erratiques n’étaient pas semblables aux convulsions précédant un dernier soupir.

Ne voient-ils pas qu’essayer de faire gober cela à des gens qui n’en peuvent plus, qui sont écœurés c’est les mépriser encore davantage. Ne savent ils pas qu’en communiquant ainsi, ils risquent de se faire couper la tête ? Ne sentent-ils pas l’envie d’en découdre et quelque odeur de poudre ? Ils se sont rendus haïssables et leur suffisance n’a d’égal que leur incompétence.

Dans de telles situations, le pouvoir en place a généralement tendance à se rattraper sur les faits divers. A verser une larme, avoir un geste de compassion. Une attitude charitable ou chrétienne, histoire de faire bonne figure. Ceux-là même pas. Ils en sont incapables

Les a-t-on vu auprès des sinistrés et des familles endeuillées suite aux inondations dans le Var ? Non.

Les a-t-on entendu avoir un mot pour Mohammed tabassé à mort sur l’autoroute pour avoir voulu faire un constat ? Non.

Les entend-on déplorer le nombre croissant de cercueils français en provenance d’Afghanistan ? Non.

Les voilà au chevet des Bettencourt, des Peugeot, des Johnny, des Clavier. Les voilà interrogeant le couple Obama sur le fait de faire patienter leurs hôtes pour cause de baise. Les voilà s’énerver et bafouiller quand ils sont interrogés du bout des lèvres sur l’affaire Karachi (15 morts français dans un “attentat” au Pakistan en raison de rétro-commissions non versées suite à la campagne Balladur dont le trésorier était bien sûr l’hôte actuel de l’Elysée.) En voilà d’autres intimer les journaliste de “se taire” sur ces affaires (Lefebvre 1er juillet France Inter). Voici des services de sécurité du président qui cognent des journalistes de France3, tandis que 2 journalistes de cette même chaîne croupissent depuis 6 mois en Afghanistan.

Il ne leur reste finalement plus qu’une chose à faire : truquer les élections. Mais que dis-je, c’est en cours. Pour éviter que le Sénat ne passe à gauche en 2011, on crée de nouveaux sièges (une mesure d’économie sans doute), pour éviter des déroutes futures aux régionales et cantonales, on envisage de modifier le mode de scrutin en le faisant passer à un tour, avec majorité pour celui arrivé en tête quel que soit son score. Ils redécoupent les circonscriptions législatives.

Des jouisseurs, des profiteurs, des corrompus, des avides de pouvoir, des crétins sans éducation, des violents, des hors la loi, des exilés fiscaux peuplent nos institutions. Il est grand temps qu’ils se barrent, la situation devient intenable. Cela fait maintenant 3 ans que notre pays s’appauvrit, se divise, que le niveau de vie baisse, que l’insécurité ne cesse de croître, que le vivre ensemble est devenu chimérique. Pouvons nous tenir encore deux ans ? Pour sauver quoi ? Un semblant de démocratie ? Pouvons-nous supporter encore leurs insultes ? Courber l’échine ?

lundi 21 juin 2010

A la retraite les bleus !

Extraordinaire ! Cette tranche de vie de notre équipe nationale de football est extraordinaire. Des résultats catastrophiques qui s’enchaînent, des joueurs qui insultent leur sélectionneur, des joueurs virés, des joueurs en grève, des téléspectateurs pris en otage, un presse qui à l’unisson éructe, un gouvernement et un président qui considèrent cela comme “inacceptable”… Un concentré de la vie quotidienne : un agent SNCF agressé, une grève paralysante qui s’ensuit, franciliens bloqués, les journaleux dans les gares, micro trottoir des “otages” éructant. Ou encore, tel employé viré, par solidarité les collègues qui se mettent en grève et menacent de tout faire péter par l’intermédiaire du sélectionneur CGT local. Cette affaire sud africaine, dans ses développements, est vécue et traitée de la façon la plus banale qui soit : Un fait social avec l’ensemble des ingrédients nécessaires à son entretien médiatique qui ipso facto obtient un traitement digne d’un bon fait divers.

Concordance des temps. Les millionnaires sont en grève… c’est un peu aussi délirant que des étudiants en grève ou des grévistes sans papiers. Décidément le monde du ballon ne tourne plus très rond. Mais ça tombe également mal, à 3 jours d’une journée de mobilisation intersyndicale contre la réforme des retraites.En sourdine, la comparaison s’impose entre ceux qui touchent plus en gagnant moins (voire jamais) et ceux qui perdent plus en travaillant plus. Il y a bien là une forme d’indécence qui s’accroît du fait de la juxtaposition de ces deux événements.

Ah, ces Français, toujours grévistes, et aux yeux du monde entier cette fois. Mais, vont-ils au moins perdre une journée de salaire ? Que nenni ! C’est bien là leur seul exploit au demeurant. Faire grève, hypnotiser un pays et ne rien perdre financièrement : quel tour de passe-passe ! Il faudrait les sanctionner,  les mettre au corner par exemple. Car hors jeu, le métier de footballeur consiste bien à s’entraîner n’est-ce pas ?

Catalyseuse d’un ressenti cette équipe ?  A l’image de notre société ? Pas si simple. D’abord qu’ont à voir ces 23 mecs avec la France? La plupart vivent à l’étranger, aucun ou presque ne paie ses impôts en France, nombre d’entre eux sont nés à l’étranger, tous vivent dans le monde hors sol du business outrancier depuis leur adolescence. Autant de raisons qui  justifieraient bien une déchéance de leur nationalité. Eric et Brice vous avez bien entendu ? Beaucoup d’entre eux en revanche ont grandi dans des quartiers périphériques de grandes agglomérations françaises. Les voilà classés dans la racaille ou dans celle des discriminés, c’est selon. Nous trouverions donc en eux un condensé de ce que produisent nos chères banlieues. Le discours du black blanc beur de 98 consistait à démontrer l’existence d’un french way of life qui passait par la station “intégration réussie”. Mais voilà, la réussite par le sport pour les cons a montré ses limites, qualitatives comme quantitatives. Le modèle s’effondre. Et c’est bien en cela, un modèle (ou un mythe) qui s’effondre que notre adorable club des 23 est révélateur. La charpente vermoulue finit par s’effondrer. On passe de Zidane à Anelka ou de Chirac à S. , c’est selon. L’exemplarité se mue en repoussoir. Non que des les deux prédécesseurs furent exemplaires, mais ils étaient encore capables de maintenir l’illusion, leurs disciples n’ont plus que leur nombril.

Et le “traître des vestiaires”, celui qu’il faut démasquer selon le capitaine de l’équipe, qui est-il ? Celui qui met sur le devant de la scène les problèmes de cohésion, l’irrespect envers le représentant de l’autorité, ou l’antagonisme entre les différentes communautés dans l’équipe. Voyons qui peut profiter de cela ? De ces thématiques ?  Qui s’interroge sur la “représentativité” de cette “somme d’individualités” incapable de former une équipe ?  Cette équipe noire des bleus ? Marine bien sûr. Le FN est le seul vainqueur français de cette compétition. Sans doute célèbrera-t-il l’élimination par un apéro saucisson pinard à Saint Denis, soit au stade de France, soit dans la basilique au milieu des tombeaux royaux.

A gauche, on hurle contre ces millionnaires à crampons, indignes de représenter leur pays. A l’extrême droite on met en cause leur appartenance à la nation et donc leur légitimité à porter le maillot. A droite, on pense de même mais on le dit en mode mineur. Privé du cirque (mais pas du grand guignol !), le peuple français n’a plus que le pain, mais la ration diminue.

24 juin 2010 : DIES IRAE ?

jeudi 3 juin 2010

Israël, une anomalie ?

La récente attaque par Tsahal d’une flottille humanitaire dans les eaux internationales, incite Palimpseste à s’interroger sur la nature de l’Etat d’Israël.

 

Israël est un pays des plus jeunes qui soit. Fondé en 1948, l’Etat hébreu s’est bâti, avec l’accord de la non moins jeune ONU. C’est toutefois par la guerre contre les Etats voisins que le pays s’est construit une identité. Les bases idéologiques d’Israël, à savoir le sionisme, mouvement laïc et nationaliste sont en revanche plus anciennes et remontent au XIX° siècle. Elles apparaissent en décalage avec l’esprit de l’après deuxième guerre mondiale. Le nationalisme était alors en repli dans le monde entier, car perçu comme l’origine des fureurs de la première moitié du XX° siècle. La mode de l’époque était l’impérialisme soviétique ou américain. Cet acceptation quasi unanime de la communauté internationale reposait sur deux éléments déterminants. Primo, la nécessité de permettre aux juifs, et d’abord ceux d’Europe, de garantir leur sécurité future : un Etat juif donc, défendu et gouverné par des juifs, soutenu par les puissances mondiales. Secundo, la réactivation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, principe cher au président Wilson qu’il avait tenté d’imposer à la sortie du premier conflit mondial et qui avait abouti au redécoupage désastreux de l’Europe suite au traité de Versailles.

Notons au passage qu’en agissant ainsi, on admettait que les juifs formaient un peuple, ce qui est un contresens historique : Tout au plus, les juifs éparpillés sur plusieurs continents formaient-ils une communauté religieuse. La fondation d’Israël est ainsi à contre courant de l’histoire. Paradoxe donc que d’avoir un Etat laïc et un ciment social reposant sur l’appartenance religieuse. Un Etat jeune et laïc donc mais qui trouve sa légitimité dans un recueil de textes religieux antiques que l’on appelle Ancien Testament. La réactivation de l’hébreu, langue du culte devenue vernaculaire,  participe de cette ambigüité : les Israéliens se comporteront en peuple pionnier sur la terre,qui appartenait, pensent-ils, à leurs ancêtres.  Modernité et archaïsme

Suite à la fondation de l’Etat, de nombreux juifs se lancent dans l’aventure des kibboutz, forme de collectivisation agricole librement consentie. Le mouvement laïc est très puissant, la gauche socialiste est alors plutôt dominante politiquement et culturellement écrasante. Cependant, très vite, l’URSS se détourne d’Israël et les Etats-Unis s’en rapprochent, jusqu’à devenir leur bailleur de fonds et leurs alliés inconditionnels.

Il se trouve qu’Israël est aussi une anomalie régionale : seul Etat démocratique du proche Orient, le pays se dote néanmoins de l’arme atomique grâce au soutien de la France. Pays non signataire des traités de non prolifération, non respectueux des résolutions de l’ONU, et en état de guerre quasi permanant, Israël n’a jamais été inquiété. Le caractère démocratique de l’Etat a longtemps servi de justification à la protection absolue que les Etats-Unis assuraient à la tribune de l’ONU comme ailleurs. Cependant, là aussi, il convient de s’interroger sur la nature de cette démocratie israélienne. D’abord, celle-ci ne fait que peu de cas des arabes israéliens : au quotidien un million et demi de personnes voient leurs droits bafoués et leur liberté amputée. Sous citoyens, soupçonnés de déloyauté envers Israël, ils sont relégués dans la vie politique et professionnelle. Ils rejoignent en cela une population officiellement juive, celle des juifs noirs (ou Beta Israël, ou juifs d’Ethiopie), venus de la corne de l’Afrique. Bien que pratiquant le culte judaïque, ces 120000 Israéliens sont mal perçus par la majorité juive blanche et confinés dans les couches sociales inférieures. Victimes du racisme des juifs blancs, ils se regroupent dans des quartiers que désertent les familles blanches. Selon un sondage de 2005, 43% des juifs israéliens blancs ne souhaitent pas que leurs enfants se marient avec un membre de cette communauté. S’instaure donc progressivement une société à plusieurs vitesses où les discriminations légales sont monnaie courante. Drôle de démocratie…

Autre entorse, le mode de scrutin, à la proportionnelle intégrale, suppose des alliances, parfois contre nature, qui profitent d’abord aux partis minoritaires, indispensables pour former une coalition majoritaire à la Knesset (parlement). Par le truchement d’un mode de scrutin défectueux, la majorité de la population se retrouve soumise aux injonctions de partis ultra-minoritaires et extrémistes.

Autre curiosité, la démographie israélienne juive : Les taux de natalité sont proches de ceux du monde occidental (2.7 enfants/ femme) alors que la fécondité des femmes arabes reste proche de 4. Le péril démographique est donc une phobie partagée par beaucoup de juifs israéliens : Ils craignent que la fécondité élevée des femmes palestiniennes et arabo israéliennes ait pour effet de rendre les juifs minoritaires en leur Etat. D’où une politique d’immigration massive à destination des juifs du monde entier. L’objectif étant de compenser le déficit comparatif de naissances. Cette politique a fait preuve d’une redoutable efficacité au moins jusqu’à 2006 : Depuis l’éclatement de l’URSS, plus d’un million d’immigrés russes ou des anciennes républiques soviétiques se sont installés en Israël. Cet apport massif a eu pour effet de déséquilibrer la structuration sociopolitique de la population israélienne. Séfarades d’Afrique du Nord et Ashkénazes d’Europe centrale ne sont plus si majoritaires. Ces juifs russes ont émigré dans un état d’esprit bien différent de celui de leurs prédécesseurs. Goût prononcé pour l’argent, désir fort de revanche sociale, Israël représentait pour eux un Eldorado davantage qu’une Terre Promise. Ils accèdent ainsi à la propriété et se comportent en territoire conquis. Rien d’étonnant à ce qu’ils soient parmi les mieux représentés dans les fameuses colonies israéliennes. Peu religieux mais ultranationalistes, ils donnent leurs voix aux extrémistes de Lieberman, juif d’origine moldave et désormais ministre des affaires étrangères. Le centre de gravité politique israélien s’est donc largement déplacé à droite depuis leur arrivée.

Reste à s’interroger sur la légitimité d’Israël à mener une politique étrangère et frontalière contraire au droit international. Guerre préventive au Liban, assassinat par les agents du Mossad d’arabes influents dans la péninsule arabique, politique d’exécution ciblée en Palestine, blocus de Gaza, incursions armées en Cisjordanie, colonisation outrancière, et assaut sanglant contre des humanitaires. Au nom de quoi Israël pratique-t-il cette politique désastreuse pour la paix en toute impunité ? Première raison invoquée, Israël a des ennemis : groupes terroristes palestiniens, Syrie hostile et Iran faisant profession de foi d’antisémitisme. Cependant les uns comme les autres sont durement sanctionnés et étroitement surveillés par la communauté internationale. Reste alors le poids du passé, celui de l’holocauste. L’ extrême souffrance et l’entretien de la mémoire du génocide expliqueraient la persistance d’une angoisse commune aux juifs d’Israël quant à leur survie. Cette crainte d’une répétition de l’histoire justifie ainsi l’ensemble de mesures illégales mais vécues en Israël comme une légitime défense. Conjuguée à une repentance commune à tout l’Occident, cette crainte (très profonde mais très improbable aujourd’hui a pour effet de conférer à  la politique d’Israël un régime d’exception.

Or, la mémoire du génocide n’est plus si vivante. Les vieillards d’aujourd’hui étaient des gamins en 42. Pour la génération montante les traces de l’holocauste dans leur famille remontent à la troisième génération. Conscients d’être issus d’un peuple qui a infiniment souffert, ils n’ont en revanche rien eu à endurer de plus que les autres…et singulièrement eu égards à  leurs voisins Palestiniens. Le génocide ne peut plus leur servir de justification et l’agiter sans cesse devient, le temps passant, contre productif. Il n’y aurait rien de plus grave pour les Israéliens et d’incompris dans le reste du monde, que de continuer dans les années qui viennent à entretenir Israël dans son régime d’exceptionnalité.

samedi 29 mai 2010

Nous y étions, inutile de nous remercier. II/II

Nous voilà bien avancés, vous voici bien satisfaits. Pour Libération, l’échec de la journée de grève et de manifestations sur les retraites se traduit par un “avantage Sarkozy” qui barre la une.

Les Français ne sont pas prêts à se manifester un jour, mais veulent bien volontiers se sacrifier au boulot trois ans de plus. Travailler plus pour mourir plus.

“Y en a marre de ces journées qui servent à rien”. Quoi de plus vrai en effet : au moins il y a de monde dans la rue au plus leur présence est inutile.

Aux salariés du privé qui vont être les plus touchés par la réforme à venir. Continuez à ne rien dire à ne rien faire, ça  arrange bien le secteur public.Et demain on vous manipulera à nouveau et vous pourrez vous exciter à nouveau sur les privilégiés de fonctionnaires. En fait, en regardant leur situation, vous ne verrez que l’étendue de ce que vous avez perdu. Envieux et jaloux du sort du public à nouveau vous serez. Favorables au nivellement et à l’alignement par le bas vous resterez.

Aux fonctionnaires non grévistes qui bénéficient du “bouclier social” de la minorité gréviste, continuez à faire preuve d’une telle solidarité, on est prêt à partager l’obole. Du gain des luttes vous continuerez à bénéficier et  cracher joyeusement sur les syndicats restera votre distraction préférée. Vrais parasites vous resterez, des heures sup vous ferez. Des congés maladie vous aurez.

Aux retraités aigris qui s’ennuient, et qui pullulent dans tous les forums de discussion, décuplez votre haine pour ces gens qui ne demandent qu’à pouvoir partir au même âge que vous, mais qui ne pourrons pas, parce que, enfants gâtés des trente glorieuses, vous n’avez pas jugé utile de faire des gosses. Votre petit cul vous obsédera donc jusqu’au bout. Centenaires vous serez, 45-50 ans de retraite vous toucherez. 

Aux plus jeunes qui arrivent bientôt, de solidarité vous n’entendrez parler, de congés payés vous serez retranchés, de répartition vous ne saurez que la rime avec capitalisation, et sécurité sociale s’apparentera à quête du Graal. En concurrence avec les Chinois vous serez, vos salaires vous devrez abaisser.

Aux régimes spéciaux des ministres, des parlementaires et à la retraite de 30000 euros mensuels de J Chirac, je dédie cette prose. Magnanimes vous serez ? Principe de réalité et pragmatiques, conscients du danger et machiavéliques, arguments techniques ou arguments cyniques ; vous vous adapterez…rien que du très classique.

vendredi 28 mai 2010

Nous y étions, inutile de nous remercier.

Il fallait s’y attendre la mobilisation test contre la réforme des retraites n’a péniblement réuni qu’un million de personnes dans les rues d’après les décomptes syndicaux. Comment  expliquer cet échec ?

- Un front syndical divisé. FO appelle séparément à la grève en juin. CGT et CFDT s’affichent côte à côte mais chacun joue une partition différente.

- Les bataillons de fonctionnaires sont pour le moins émoussés, en raison d’une politique d’essorage que rien ne semble pouvoir arrêter et mise en œuvre depuis 2007. Et les retraites rappellent de mauvais souvenirs, des histoires de trahisons syndicale, des semaines de salaire perdues etc.

- La méthode usée jusqu’à la corde. Ce mode d’action est totalement contre productif. Se mobiliser un jour, faire un p’tit tour et puis s’en vont. Imaginez un instant seulement que ce million de personnes se soit concentré dans les seules rues de la capitale ! Le résultat aurait été tout autre.

- Le principal parti d’opposition ne croit pas en son combat. Il existe un malaise évident au sein du PS entre ceux qui, “par réalisme” estiment que de toute façon, il faudra bien travailler plus et ceux plus attachés à l’image (de gauche) et à l’héritage (mitterrandien en l’occurrence) qui en font tout un “dogme”. Postures dans les deux cas. Idéologie libérale pour les premiers et conformisme nostalgique pour les seconds.

- Une mobilisation qui arrive soit trop tôt (avant l’annonce de ladite réforme)  soit trop tard ( trop proche de l’été).

- La faiblesse du contre argumentaire syndical mais surtout la faiblesse de son espace médiatique

- Le matraquage médiatique reposant sur l’argument biologique “Comme on vit plus vieux, on travaillera plus tard”, trop peu d’actifs pour financer ces retraités du baby boom. Tout apparaît comme inéluctable, le déclin est inexorable, il faudra faire des sacrifices. Le même tourbillon médiatique que celui qui avait précédé le référendum de 2005. De ce point de vue, pourvu que ça dure !

- Un gouvernement qui laisse filtrer quelques infos dont l’effet est de désolidariser les salariés voire de les monter les uns contre les autres : pas touche au mode de calcul de pension des fonctionnaires, pas touche aux régimes spéciaux.

-Enfin le caractère trop étriqué des ambitions. Nous assistons en Europe à une accumulation sans précédent de plans de rigueur. A-t-on entendu ne serait-ce qu’un syndicat envisager l’idée  d’une mobilisation européenne ?  Non

Au final, nos aurons bien une réforme qui passera sans grande difficulté. Mais elle ne comblera pas les déficits de la caisse retraite. Mal ficelée, elle aura pour effet de créer une zone grise, un état de semi employabilité pour les séniors,et in fine une précarisation de leur situation; Enfin, il faudra, dans 5 ans, faire une nouvelle réforme pour préserver une coquille alors vidée de sens.

mardi 25 mai 2010

Social-démocratie : Tempes grises à défaut de matière grise

Le PS organise en avant première sa défaite. Les propositions socialistes sur la retraite n’ont aucun intérêt. Sous le voile de “la garantie de la retraite à 60 ans” en cas de victoire en 2012, le projet entérine de fait toutes les réformes précédentes opérées par la droite, en particulier la réforme Fillon de 2003. Sous couvert de “coup de barre à gauche”, le Parti socialiste poursuit de fait sa dérive libérale. La sortie du directeur du FMI, qi se veut décomplexée avec des arguments du type, (je cite de mémoire) “Si on vit 100 ans, pourquoi s’arrêter à 60 ?” permet à ce brave homme de se démarquer mais aussi de se démasquer. Lui est un vrai “libéral social” qui s’assume. C’est vrai, il a raison, pourquoi ne pas passer tout de suite à 75 ans comme âge légal ? Pourquoi, finalement, ne pas vivre comme nos arrière grands parents et tous mourir joyeusement au milieu de nos collègues ? Continuons à dérembourser, augmentons l’âge légal de la retraite, accroissons le stress et la flexibilité, soyons moins rigides sur les conditions de travail, et la durée de vie baissera. Ainsi, nous aurons vaincu la dette les amis ! Et après ? Et bien, nous pourrons à nouveau renflouer les banques, et nous reconstituer une nouvelle dette !

Donc en résumé : une secrétaire du PS qui après avoir annoncé le recul de l’âge égal, fait du maintien de cet âge la vitrine d’un programme en cédant sur tout le reste (durée des cotisations par exemple, puisque la loi Fillon prévoit de la porter à 42 ans en 2020) et un président du FMI, qui non content de mettre en œuvre un immense plan de rigueur européen sur le dos des populations, vient expliquer à ses compatriotes qu’ils n’ont d’autre choix que de travailler plus…pour rien (c’est à dire au mieux maintenir le niveau actuel des pensions, absence de la prise en compte de la pénibilité …). Ou que l’on se tourne au PS, on ne trouve personne pour défendre la retraite à 60 ans à taux plein avec 40 annuités ! Quant aux 37,5, horreur, comment a-t-on pu défendre une telle hérésie ?

Avec un tel programme social, pas de doute, le PS rassemblera encore l’électorat “réaliste urbain, bobo des quartiers branchouilles”. Ceux qui se mettent quelques années volontairement au chômage car ils sont sûrs de retrouver du boulot, et qui en profitent pour faire le tour du monde à vélo. En revanche l’employé ou l’ouvrier qui a bossé 30 ans dans la même boîte et qui voit se profiler la porte, qu’a-t-il à gagner à cette société du “care” tant vantée par Mme Aubry, cette société où il est permis et en réalité fortement conseillé de jongler avec les jobs, de changer de région au gré des offres, de refaire sa vie chaque matin ?

Pensée hors sol, déconnexion totale avec les catégories sociales qu’il prétend représenter, querelle des égos, soumission aux “injonctions” des marchés et de Bruxelles, le PS, depuis 2005 et le référendum sur le TCE, n’en finit plus sa crise. Demain, il gouvernera avec la droite si seulement le mode de scrutin le permettait.

On pourrait à la rigueur comprendre que les modérés de gauche soient à court d’idées. Cela peut se comprendre : partout la social-démocratie est en déroute électorale. Son fond de commerce s’est réduit à peau de chagrin:  les retraites, la fiscalité, la sécurité sociale, les minimas sociaux, la répartition, l’Etat Providence tout cela a volé en éclats sous les coups de butoirs conjugués de la globalisation économique (qui est un fait historique) et du néo libéralisme (qui en est l’avatar idéologique ). Chacun aurait pu comprendre qu’il leur faille un peu de temps et de concertation pour se reconstituer un corpus politique cohérent Mais non ! rien de tel : L’option choisie fut celle du ralliement unanime de la social démocratie à ce qu’elle appelle “un monde qui change”. Cette attitude avait déjà de quoi décevoir. Depuis quand en effet, s’agit-il de regarder le monde changer pour s’y adapter ? Ce passage au mode passif est porteur du renoncement : le monde change, adaptons nous. Cette doctrine du changement contraint, et, qui plus est, dans un sens prédéfini n’est pas à proprement parler conquérante.

Or, depuis la grande crise et ses développements européens, à quoi assistons nous. La social démocratie nous offre son silence, son expectative. La gêne face aux dégâts considérables que l’on préfère nier, ou plutôt que l’on préfère rejeter sur les gouvernements nationaux. Pas de remise en question, aucun aggiornamento sur les errements passés, ou si peu. Prenez Jacques Julliard, l’un des seuls à s’être réveillé, voyez-le prêcher dans le désert au Nouvel Obs. Cette social-démocratie est donc sourde, aveugle et muette. Que peut-on encore décemment attendre d’elle ? De quel projet est elle porteuse ? Au mieux, elle avancera une gestion “plus humaine”, de la crise. L’empathie qu’elle nous offre en guise de programme nous fait pitié.

jeudi 20 mai 2010

Un ciné ? Un foot ? Plutôt l’apéro !

C’est un sentiment étrange. Vous avez remarqué ? Le festival de Cannes passe inaperçu ou presque cette année. Comme si les stars et les paillettes ne faisaient plus rêver. Non que leur vie soit désormais dépourvue d’étoiles, mais comme si celles-ci étaient désormais filantes. Comme si les cieux s’obscurcissaient, ces mêmes réalisateurs, ces brochettes d’acteurs, ces mêmes marches dissimulées sous un tapis toujours si rouge. C’est que l’on est en droit de s’interroger : le cinéma a-t-il encore quelque chose à nous dire? A nous montrer sans doute, la 3D sauvant les meubles… Lors du festival avorté de 68, l’agitation de quelques cinéastes pouvait sembler déplacée, ou naïve mais elle avait un parfum d’authenticité, de spontanéité. Le grand écran avait encore quelque légitimité pour incarner une génération, ses rêves, ses illusions… Aujourd’hui, c’est la crise, la grande crise, Godart et Dany le vert font la une de Télérama. Pour appuyer le propos dans le genre “flashback”, on nous gratifie en guise d’ouverture d’un Wall Street II redite grossière d’une première mouture honorable. Cannes se disculpe en offrant, en ouverture, un gros méchant film dans lequel de vilains spéculateurs refont le monde à coup de dollars virtuels. Quelle dénonciation ! Quel courage et que de subtilité dans le propos ! M Douglas et R Scott en K Marx et F Engels du XXI° siècle… Mmm on adore. Tout cela sous les yeux d’un autre grand cinéaste engagé, qui n’est ni focalisé sur son nombril ni en observation clinique de sa petite enfance, j’ai nommé Tim Burton en figure tutélaire léniniste.

Etrange aussi ce désamour pour une équipe de France de football. Il y a de quoi me direz vous, des résultats pourris, une qualification un peu trop haut la main, des putes qui tournicotent autour de la moitié de l’effectif, des demandes en mariage en direct pour le sélectionneur.  Que de bon goût. Que reste t-il de la France prétendument Blacks/Blancs/Beurs de 98 et de l’enthousiasme autour d’une équipe qui pouvait prétendre représenter la France dans sa diversité ?D’aucuns argueront que c’est parce que le foot est un sport populaire qu’il génère toute cette merde. Populaire ce huis-clos autour de ces star de série B ? Populaire cette valse des millions, ce bruit de caisse enregistreuse à chaque pas ? Populaires ces gars qui ne saluent pas leur public, populaires ces types qui ne s’expriment  (ou essaient de s’exprimer) uniquement devant une façade de sponsors, tous officiels ? Démago le prix des places en Afrique du Sud, où l’on réussira sans doute l’exploit d’avoir des blancs dans les tribunes et des noirs dans l’arène ? Et que dire concernant ce désintérêt pour cette coupe du monde de football qui débute dans trois petites semaines. Le désamour entre la France et le football s’accroît. Ce n’est pas grave mais c’est un symptôme : Le foot c’est jetsetisé, s’est VIPisé . Et ça finit par écœurer. La gerbe, comme après quelques coupes de trop.

L’industrie du rêve se porte mal, et celle de l’oubli ?  de la transgression? Au mieux, elle se porte au mieux !Voyez-les  les Pernaud, les Vermouth, se frotter les mains : Des apéros géants organisés depuis Facebook. C’est gratuit, convivial, bien plus en tous cas que la “fête des voisins” ou que la messe de Noël. Tiens donc, c’est spontané, pas encore sponsorisé. Ah ça dérange les préfets ? Et bien tant mieux. Notre ministre aussi ? Re tant mieux ! Spectacle purement jouissif, hédoniste. Pas de vie par procuration, juste le besoin de boire et d’échanger de visu. Etrange non, que ce qui nous éloigne tant les uns des autres, à savoir ces “réseaux sociaux” en arrivent à nous faire ressentir le besoin de nous rencontrer ? Mais ce type de réunion hors cadre (on dirait hors champ au ciné ou hors jeu au foot) sans organisateur, sans responsable, sans mécène, ça dérange. De surcroît, ça rassemble, ça réunit. On y blague même parfois ! Quelque chose comme la campagne des banquets républicains… Attention danger, il se pourrait que l’on ne soit pas condamné à errer seul devant le spectacle…nous pourrions le faire nous-mêmes.